Bilan du séisme et du tsunami du 11 mars 2011 sur la côte Pacifique de Tohoku Japon

BILAN EN CHIFFRES DU SÉISME ET DU TSUNAMI -

Date : le 11 mars 2011
Magnitude : 9
Victime : 15 769
Portés disparus : 4227
(au 6 septembre 2011)
Réfugiés : 83 099
(au 11 août 2011)


TOHOKU D’AUJOURD’HUI, DEUX ANS APRES

SITUATION EN SEPTEMBRE 2012, TOHOKU D’AUJOURD’HUI, UN AN ET DEMI APRES

SITUATION EN MARS 2012, UN AN APRÈS

SITUATION APRES 6 MOIS (en septembre 2011)

RAPPORT SUR LA SITUATION EN AOUT 2011, PAR KEIKO NAGAI DE L'ASSOCIATION ASJ 34, APRES SON VOYAGE AU TOHOKU EN AOUT 2011

Témoignage de Quentin, étudiant français au Sendai, septembre 2011

Témoignages de ODANAKA Naoki, enseignant chercheur à l'Université du Tohoku à Sendai, septembre 201

Sites d'informations à consulter

TOHOKU D’AUJOURD’HUI, DEUX ANS APRES
PAR KEIKO NAGAI DE L'ASSOCIATION ASJ 34 -01.03.2013-

Deux ans se sont écoulés depuis le 11 mars 2011, où un séisme de magnitude 9 et un gigantesque tsunami ont anéanti la région du Nord-Est (Tohoku) du Japon. Avec regret on constate que l’année 2012, appelée « L’an 1 de la reconstruction », n’a guère donné le résultat attendu.
L’état des travaux de la véritable reconstruction varie selon l’endroit et, encore çà et là, on rencontre des paysages désolés et désolants, pratiquement inchangés depuis 18 ou 20 mois.
Les actions de l’administration manquent cruellement de rapidité et de souplesse, et cette incompétence entraîne souvent des drames dans la vie des sinistrés. La région a entamé de lents pas de reconstruction, en résolvant, un par un, d’innombrables problèmes inédits.
L’Association Solidarité Japon 34 tente de vous présenter ici, comme elle a pu la comprendre, l’actualité de la vie du peuple du Tohoku qui vit cette reconstruction procédée par tâtonnement.
Le nombre des données officielles publiées diminue et les médias ne présentent que des images positives de rétablissement des habitants des villes. Il nous est de plus en plus difficile de savoir ce qu’il se passe dans les petits villages oubliés : Que ressentent-ils ? Quels sont leurs soucis ?
Il faut faire la distinction entre la situation du département de Fukushima et celle des autres départements touchés. Nous allons d’abord parler des autres départements, ensuite nous intéresser au Fukushima, avant de conclure avec un questionnement sur l‘ensemble des choses. Les chiffres annoncés concernent la totalité des zones sinistrées sauf mention spéciale.

¤ Données publiées par l’Agence de Reconstruction du gouvernement (au 15.02.2013)
11 départements endommagés
(les trois plus endommagés sont les Miyagi, Iwate et Fukushima, appelés « hisai-sanken »)
15.880 morts, 2.694 disparus, 6.135 blessés, 2.303 cas de décès liés aux catastrophes et survenus ultérieurement, dont 90 % concernent la population de plus de 66 ans.
128.900 bâtiments entièrement détruits, 1.005.300 partiellement détruits.
Le montant des dommages estimés atteint 16.560 milliards de yens (138milliards d’euros) représentant 60 % du total généré par 336 catastrophes naturelles produites sur terre en 2011.
Le nombre de secousses secondaires, lui, s’élève à 1.872 dans l’année 2012 malgré leur tendance à la diminution.

L’agence de Reconstruction a été instituée au sein du gouvernement aussitôt après le 11.03.11. La première année a été principalement employée pour l’élaboration des nouvelles lois et l’aménagement des anciennes ainsi que pour le calcul des budgets. Selon ces budgets, l’argent a été délivré en 4 fois en 2012. La dernière distribution a eu lieu en novembre 2012 envers 72 collectivités dans 7 départements. Elles seront poursuivies au fur et à mesure dans le temps.

Nous allons montrer ci-après, point par point, la situation de reconstruction ainsi que les problèmes présents. Ces points sont (1) le traitement des décombres (2) l’affaissement de terrain (3) les infrastructures (4) les industries (5) l’habitat et la communauté (6) l’emploi (7) le soutien à la population sinistrée (8) le soin des enfants et enfin (9) les activités de soutien.
Ils ne sont pas présentés dans un ordre d’importance. Ils sont tous majeurs et interdépendants, et tous ces problèmes doivent être résolus parallèlement. Nous allons d’abord indiquer les chiffres afin de vous donner une première idée, suivront ensuite les explications en vue de donner un visage humain à tous ces chiffres sans âme.

Situation actuelle de reconstruction
315.000 réfugiés (au 15.02.2013) contre 470.000 (au 14.03.2011) dont ceux réfugiés hors de leur département : 1.600 pour Iwate, 8.000 Miyagi, 57.100 Fukushima dispersés dans 1.200 communes environ, relevant de 47 départements
Logements provisoires préfabriqués : 53.000 construits, 48.000 occupés
Logements de location loués par la préfecture et considérés comme logement provisoire : 70.800
Dernièrement on constate un nombre croissant de nouvelles demandes d’emménagement dans un logement provisoire. Cela concerne les sinistrés qui, après avoir tenté de restaurer leur maison et de l’habiter, puis découragés par des obstacles inattendus, ont finalement décidé de la démolir. Ainsi le département de Miyagi a enregistré, pour l’année 2012, 760 nouvelles entrées et 280 listes d’attente.
Maintenant, avant de présenter la situation actuelle dans différents domaines, nous allons tenter d’analyser, à notre manière, les causes de retard de la reconstruction, prenant comme exemple l’habitat et la communauté.

¤ La complexité du processus : L’établissement d’un projet global par chaque collectivité locale ; La présentation du projet auprès des habitants et les concertations avec eux ; Le choix d’un plan définitif ; L’élaboration du plan ; La légalisation du plan ; La commande des travaux auprès des entreprises de construction ; La mise en chantier des travaux. Chaque étape réserve ses problématiques et, jusqu’à présent, seule la première est close dans l’ensemble des collectivités.

¤ La pénurie de main-d’œuvre dans les collectivités, notamment d’ingénieurs spécialistes de (re)construction de communauté. Une vision claire est fréquemment absente.

¤ La difficulté de concerter des habitants éparpillés à l’intérieur comme à l’extérieur du département, ainsi que celle de trouver un accord dû à la divergence des points de vue.

¤ La lente réalisation d’acquisition des terrains à bâtir.

¤ Le défaut d’entreprises de construction locales qui se retrouvent en manque de personnel, surtout d’ingénieurs, de maîtres d’œuvre et de spécialistes d’électricité ou de plomberie.

¤ La difficulté pour ces entrepreneurs de s’approvisionner en terre, en sable ou en ciment.
Enfin la durée nécessaire à la reconstruction, prévue par le département de Miyagi comme par celui d’Iwate, est officiellement de 10 ans à compter de 2011, l’année des désastres.

(1)Traitement des décombres et des sédiments laissés par le tsunami
Quantité estimée pour les hisai-sanken : 26.700.000 tonnes (16.300.000 T de décombres, 10.400.000 T de sédiments) dont 21.200.000 T enlevées parmi lesquelles 9.400.000 T traitées
Le projet d’installation des 34 incinérateurs sur place progresse enfin. Le département de Miyagi a achevé d’en construire 26, tous déjà en état de marche.
D’après l’Etat, la quantité de décombres, ne pouvant être traitée sur place et nécessitant des opérations en dehors des départements de Miyagi et Iwate, est estimée aujourd’hui à 690.000 tonnes contre 1.360.000 au 31.12.2012. Nous ne disposons d’aucune information détaillée à ce jour.
Pendant que le recyclage des décombres est expérimenté, entre autres, dans des cimenteries ou des usines de papeterie, des débris sans nombre s’amoncèlent au fond de la mer.

(2)Affaissement et liquéfaction de terrain
Ces phénomènes causés par le séisme sont perpétuels et empêchent considérablement la reconstruction. La superficie des terrains inondés s’étend à 561 km2 dans 62 communes de 6 départements, dont 13 de 4 départements subissent la submersion encore chaque jour.
Par ailleurs, une récente découverte a révélé le fait d’infiltration d’eau de la mer dans le sous-sol, par les tuyaux d’égout restés enfoncés dans les terrains submergés. L’enlèvement de ces tuyaux est indispensable pour l’entassement de la terre, mais les travaux exigent un investissement important.
Les problèmes de liquéfaction dépassent la région du Tohoku et concernent plus de 160 communes. Celles qui ont été fortement touchées sont confrontées à la question du renforcement du sol. Les frais de restauration de l’habitat ne faisant pas l’objet de subventions de l’Etat, certains particuliers continuent d’habiter dans leur maison inclinée, ce qui leur provoque parfois des troubles de santé.
Parallèlement le colossal séisme a causé, sur la partie côtière des régions du Tohoku et du Nord-Kanto, un déplacement des terres vers l’est, atteignant 74 cm par endroit.

(3)Infrastructure
La remise en état d’urgence des infrastructures et des services publics a pratiquement pris fin, et on est entré dans la phase de véritable reconstruction. Ci-après nous allons citer les taux moyens d’avancement des travaux des éléments principaux d’infrastructure à la fin décembre 2012.

¤ L’équipement des eaux : 46 %. Le réseau d’égouts : 89 %. L’électricité : 96 %. Le gaz de ville : 86 %.
¤ La voirie côtière : les routes nationales 97 %, les autres 56 %. 100 % pour les aéroports, tandis que le nombre de lignes ferroviaires qui longent la côte n’ont pas de perspective de réouverture.
¤ Les digues : 26 %. Les travaux de (re)boisement de rivage contre le tsunami : 21 %.
¤ L’enlèvement des décombres est terminé pour 93 % des zones de pêche. 35 % de ports de pêche voient leur fonction de débarquement totalement rétabli. Pour 77 % d’équipements d’élevage, les travaux de redressement ont commencé.

(4)Industries

【Secteur de pêche】47% des 29.000 bateaux de pêche endommagés sont rétablis. Le redressement de pêche dans les principales halles aux poissons des hisai-sanken : 65 %. Parmi les 820 installations touchées de transformation des produits maritimes qui souhaitaient la reprise, 66 % sont parvenues à la réouverture. Les taux varient selon l’avancement de la reconstruction des infrastructures locales.
69 % des 9.000 bateaux de pêche, que comptait le département de Miyagi avant les désastres, sont désormais prêts à redémarrer, alors que ses principales halles de poissons relèvent 73 % comme taux de redressement de pêche (320.000 tonnes annuelles avant le tsunami).
Pour le département d’Iwate qui a enregistré la perte de 70 % de ses quelques 14.000 bateaux de pêche, la restauration des ports de pêche et la reprise de l’activité progressent peu à peu. La totalité de ses 13 halles aux poissons sont rouvertes depuis septembre 2012.
Cependant le Miyagi, département le plus ravagé, s’est vu dans l’obligation de faire le choix, par insuffisance de moyens, de restructurer 60 ports sur 142 afin d’y intensifier la pêcherie. La préfecture a mis en place son plan de « zones spéciales pêcherie », mais il a rencontré la violente opposition des syndicats, et le plan ne se concrétise pas sans heurt.
Or la société évolue, et l’époque exige aux pêcheurs de s’y adapter en travaillant de manière plus collective, plus autonome, et participant au développement global des communautés de la zone.
Dans le même temps, le secteur connait un sérieux souci de manque de main-d’œuvre, conséquence du vieillissement accéléré de la population active, du départ des sinistrés vers d’autres zones ou de leur changement de métier.

【Agriculture】Pour les 6 départements touchés, 38 % des terres cultivées endommagées sur la totalité de 21.500 ha ont retrouvé leur état cultivable, et 40 % des unités d’exploitation sur 10.200 ont repris leur activité au moins partiellement.
Toutefois ces chiffres datent de juillet 2012, et peu de nouvelles données ou d’informations indiquant la situation globale de reconstruction de ce secteur sont actuellement disponibles.
Seul le département de Miyagi offre un minimum de données. Selon elles, pour 82 % de 19.500 ha de superficie de rizières atteintes et aussi pour 52 % de 1.083 d’équipements d’élevage touchés, les travaux de redressement ont été entamés.
La population sinistrée vieillissante est poussée à choisir, entre continuer l’exploitation de ses champs par elle-même, les louer pour d’autres activités, ou en confier l’exploitation à des gens de l’extérieur. Des cas d’agriculteurs, qui ont renoncé à la reprise et quitté les lieux en louant leur sol, sont rapportés. Idem pour ceux qui ont adopté la culture de légumes à la place de la riziculture.
Comme dans le secteur de la pêche, la clef de la renaissance est la restructuration et l’organisation d’un nouveau système d’exploitation collective. Pour ce faire, Il faudra oser séparer la propriété de la terre et son usage ainsi que son réaménagement de grande envergure.

【Tourisme】La chute de nombre de touristes reçus par les 6 départements du Tohoku a cessé, mais la reprise ne vient que trop lentement.
Face à cette situation, la région entière cherche à faire venir ou revenir les touristes dans leur beau pays riche en sites touristiques attrayants. Ensemble elle donne des manifestations dans ce but et chaque département invente ses programmes originaux.
L’une des plus remarquables de ces initiatives est le tourisme écologique. Il offre aux visiteurs les occasions de sentir et expérimenter les merveilles de la nature de cette partie du pays et le quotidien des habitants aussi bien dans leur foyer que dans leur travail tel la pêche.
Ainsi certains villages sinistrés ont mis en place des circuits de découverte avec la participation des habitants qui hébergent des visiteurs. Ils se servent également de guides et de conteurs de l’histoire du lieu et de témoignages du drame du 11.03.11. Les autres organisent des voyages éducatifs destinés aux élèves ou aux volontaires.
Côté gouvernement, celui-ci prend différentes mesures dans le but de promouvoir le tourisme dans les régions du Nord-Est. A l’étranger, il a installé plusieurs points stratégiques de promotion.
Dans le même temps, le nombre de lits manque toujours dans l’hôtellerie. Une grande quantité d’hôtels et d’auberges ont renoncé à la reprise ou n’arrivent pas à en voir la perspective. Les projets de construction de nouveaux établissements sont peu suffisants, et quand un hôtel est ouvert, ses chambres sont souvent prises par des volontaires ou du personnel s’occupant des travaux sur place.
Dans le Miyagi, une seule des 28 stations balnéaires a rouvert. Certaines d’entre elles risquent la fermeture définitive due à la submersion des plages ou l’état inconnu des décombres qui s’amoncèlent au fond de la mer.

Tous domaines confondus, les entreprises privées, situées en dehors de la région, joueront un rôle important. L’attente est grande et, sans leur participation, le véritable redressement des industries meurtries pourra être difficilement réalisé.
Durant la phase de remise en état d’urgence de l’économie brisée, ces entreprises ont offert leurs services. Désormais elles travailleront ensemble et durablement avec leurs consœurs locales, en y produisant leurs propres bénéfices.
L’un des exemples les plus prometteurs de cette collaboration est la recherche et le développement de techniques de pointe dans le domaine de l’énergie. La production de nouvelles énergies naturelles serait indispensable pour l’autonomie de la région.
Quant à l’administration, elle ne doit pas épargner ses efforts pour soutenir les petits exploitants qui constituent la majorité des entreprises de la région, et qui, depuis des générations, ont été acteurs dans le développement de l’économie locale. L’Etat et les préfectures accordent, conjointement ou individuellement, diverses subventions auprès de ces PME.
Parallèlement les collectivités locales nécessitent de compléter leur personnel, notamment par la venue de spécialistes d’organisation de structure de base dans l’agriculture, la sylviculture et la pêche. Le détachement des fonctionnaires des autres départements, assuré par l’Etat, s’avère insuffisant.

(5)Habitat et communautés

Le délai d’occupation de logement provisoire, initialement fixé à deux ans, a été prolongé d’un an. Le gouvernement envisage de reporter, à nouveau, cette échéance au printemps 2015, dans les zones où la construction de logements définitifs tarde.
Malheureusement peu d’évolutions notables concernées ont été perçues depuis 6 mois et nous sommes à court d’informations fraiches. Nous nous contentons donc de reprendre ici les projets conçus par l’Etat sur la reconstruction de l’habitat et de la communauté.
En revanche, nous savons qu’au fur et à mesure des progrès dans le processus de reconstruction, de nouveaux problèmes font leur apparition, et que la montagne d’obstacles ne cesse de grandir.
Cette lenteur de cheminement et ce tâtonnement qui l’accompagne jettent immanquablement une ombre sur le cœur des sinistrés. Nombreux sont ceux qui peinent à visualiser clairement leur futur logement ou qui, désemparés encore aujourd’hui, ne parviennent guère à planifier leur avenir.
Dans les hisai-sanken, 89 % des sinistrés sont d’avis que la reconstruction de leur commune n’avance guère. Quand 63 % ne souhaitent pas retourner vivre sur leur ancien lieu d’habitat ou y renoncent en dépit de leur désir, 30 % sont à bout de force pour attendre davantage.
En ce qui concerne les habitants qui se sont éloignés de leur commune, une quantité croissante de personnes souhaitent ou décident de s’établir définitivement sur leur lieu de refuge, malgré l’amour et de la nostalgie qu’ils ont de leur village ou leur ville. 34% des réfugiés d’Iwate-ken entrent dans cette catégorie, qu’ils se soient installés à l’intérieur ou à l’extérieur du département.

Nous allons tenter ci-après d’examiner quelques aspects d’obstacles à surmonter dans certaines étapes du processus de reconstruction.

¤ La pénurie de main-d’œuvre dans les collectivités : La quantité de travail est au moins quinze fois plus importante qu’il en était avant les catastrophes. Aussi le nombre de fonctionnaires complémentaires, transférés des autres départements est loin d’être satisfaisant. On compte 645 cas d’arrêt de travail dû à des maladies en 2 ans, et un détaché surmené s’est suicidé l’année dernière.

¤ La différence d’opinions et le désaccord fréquents entre les parties concernées sur le choix du lieu et de la méthode de reconstruction : Entre la collectivité et ses habitants ; entre les habitants ; entre la commune et ses commerçants. Ce dernier cas montre la problématique suivante.

¤ La difficulté d’usage de terrain reconnu dangereux : Bon nombre de collectivités ont peiné à obtenir le consensus des habitants sur le projet de faire valoir les lieux, désignés comme «zone de risque de sinistres », en tant que quartier commerciale ou zone d’activité.

Par conséquent, beaucoup d’entre elles ont demandé à l’Etat l’autorisation d’en faire des jardins publics, l’unique usage convenable à leurs yeux et susceptible de bénéficier de subvention. Or seules 19 % des communes en ont obtenue, à cause des conditions trop exigeantes à remplir.
Si ces projets ne voient pas le jour, le risque est de laisser un peu partout des «endroits vides», un phénomène appréhendé et appelé «suspension de reconstruction ».
En ce qui concerne la méthode de reconstruction des quartiers endommagés d’une communauté, le gouvernement a conçu 3 possibilités nommées : le transfert collectif et préventif contre les sinistres ; l’aménagement foncier ; la combinaison de ces 2 méthodes.

【 Transfert collectif et préventif contre les sinistres】
Il est réservé aux habitants qui vivaient dans un quartier reconnu ‘‘dangereux et impropre à l’habitation’’. Un nouveau logement leur sera attribué dans un lieu qui sera nouvellement créé sur une hauteur, en défrichant un bois ou un champ dans la plupart des cas. Cela concernera 224 quartiers dans 24 collectivités et environ 27.000 logements devront être construits.
Nous ignorons le nombre de quartiers qui ont obtenu le consensus des habitants pour cette méthode. 214 est le seul chiffre publié en tant que nombre de quartiers dans lesquels la légalisation des démarches pour réaliser le plan a été faite. Mais l’obtention de terrain constitue un sérieux obstacle.

【Aménagement foncier】
Cela signifie la reconstruction d’un lieu de résidence et des établissements publics à l’endroit-même où se situait le quartier touché. Pour cela, il faut, dans un premier temps, y entasser plusieurs mètres de terre. L’Etat prévoit 57 quartiers pour 20 collectivités.
Notre réflexion est la même que sur la première méthode. L’agence étatique ne nous donne que le chiffre de 35 comme nombre de quartiers pour la question de légalisation.

【Combinaison de 2 méthodes】
Dans certains cas, une communauté peut choisir, par exemple, de transférer le quartier de résidence sur une hauteur et redresser les établissements publics et le quartier commercial sur l’ancien lieu. Lorsqu’elle reconstruit le quartier de résidence sur l’ancien lieu, l’administration projette d’attribuer des « logements publics et préventifs contre les sinistres » aux habitants qui en ont besoin.

【Construction ou réaménagement de « logements publics et préventifs contre les sinistres »】
Au terme de délai d’occupation de logement provisoire, la préfecture ou la municipalité pourra louer un logement public à un sinistré qui se retrouvera sans moyens de s’en procurer un par lui-même.
En vue de compléter les logements publics existants qui sont largement insuffisants, l’Etat prévoit la construction de quelques 20.000 nouveaux appartements (15.000 pour Miyagi, 5.600 pour Iwate, non fixé pour Fukushima) et souhaite l’achever en 2015.
Cependant les terrains disponibles sont si restreints que très peu d’unités ont vu le jour jusqu’ à présent. En décembre 2012, le département d’Iwate a vu la naissance du tout premier logement de ce type. Quant au département de Miyagi, les travaux en cours sont seulement à 28%.

(6)Emploi

Dans les hisai-sanken, le nombre total de demande d’emploi s’élève à 113.000 contre 123.000 pour l’offre. Les nouvelles demandes enregistrées sont en décroissance avec le chiffre de 28.000, tandis que les nouvelles offres sont au nombre de 47.000 et maintiennent un haut niveau (au 31.12.2012).
263.000 personnes ont obtenu un emploi jusqu’en décembre 2012. Pourtant ces chiffres, pouvant suggérer l’amélioration de la situation de l’emploi, ne reflètent pas vraiment la réalité, et les problèmes liés au chômage demeurent nombreux et alarmants.
L’indemnité de chômage spécialement créée après les catastrophes n’est plus allouée depuis octobre 2012. 5.600 personnes, qui correspondent à 21 % du total des allocataires, sont toujours en quête d’un emploi, alors que 6.100 ont renoncé à la recherche.
Pourquoi ces chiffres ne reflètent pas la réalité ? Nous l’avons déjà traité il y a 6 mois, mais la principale explication se trouve dans le décalage considérable entre les catégories d’emploi demandées et celles d’emploi offertes. S’y rajoute la disparité des salaires entre différentes branches.
Une autre vérité cachée derrière les chiffres est l’insatisfaction de l’emploi obtenu chez certaines personnes replacées. 56 % d’entre elles sont moins satisfaites du travail qu’elles exercent aujourd’hui par rapport à pré-mars 2011, et cela est essentiellement ressenti au niveau de sa catégorie, du salaire qu’il offre ou de la motivation qu’il suscite. 26 % des chômeurs ou sans-emploi hésitent sur le choix à faire, à cause de la difficulté à visualiser leur futur.
Afin de remédier à cet inconvénient, les autorités déploient divers efforts, comme l’intensification des formations professionnelles ou l’accompagnement personnel des chômeurs.
La nécessité de création d’emplois répondant aux besoins locaux spécifiques reste urgente. Comme nous l’avons dit dans la rubrique ‘’industries’’, seule la coopération entre les collectivités locales et le secteur privé rendrait possible cette création qui sera primordiale pour le rétablissement du Tohoku.

(7)Soutien à la population sinistrée

Peu d’informations nouvelles ont pu être recueillies dans la publication administrative ou dans les documents des organismes de soutien. Les individus qui tiennent un blog sont souvent des hommes et des femmes qui vivent avec entrain et courage en bravant leur adversité, et nous sommes trop éloignés pour aller écouter les personnes qui ne s’expriment pas.
Un an après la tragédie, bien des sinistrés s’acharnaient à vivre ou à survivre en gardant de l’espoir pour le lendemain. Aujourd’hui, après une autre année écoulée et leurs conditions de vie peu améliorées, c’est plus le désespoir qu’ils éprouvent face à la rude réalité.
Sans repère concret indiqué, leur angoisse et leur stresse s’intensifient, et ils ressentent les limites de leur endurance et la fatigue de tenir bon. Entre ‘’déjà 2 ans’’ et ‘’cela ne fait que 2 ans’’, les sentiments se mêlent et se diversifient, et il nous est de moins en moins simple à les comprendre.
Dans un logement provisoire attribué par tirage au sort, certaines personnes âgées, sans amis sans connaissances autour, peinent à s’adapter au nouvel environnement. Ainsi 54 cas de mort isolée ont été reportés jusqu’en janvier dernier.
L’hiver 2012/13 était particulièrement rude avec une quantité très importante de neige, et 2 hommes cinquantenaires ont été trouvés morts seuls dans la solitude. Selon la commune, la patrouille est destinée uniquement aux vieillards et aux malades depuis avril 2012.
L’année 2011 a compté 61 suicides dont la cause était directement liée au tsunami ou aux accidents nucléaires. Par ailleurs le grand séisme, qui a frappé la ville de Kobe en 1995, témoigne que le nombre de suicides et de morts solitaires, postérieurs dans les deux cas, augmentait à partir de la deuxième année. Il a dernièrement dépassé 1.000, et cela représente 6 fois plus qu’avant le séisme.
Le logement préfabriqué ne dispose ni d’espace ni d’équipement pour y introduire un lit médicalisé ou un fauteuil roulant, et les familles nombreuses ne peuvent même pas s’y étendre à leur guise.
L’on assiste aux cas grandissants de troubles du sommeil ou de baisse d’envie et de courage, et l’exemple de prise de médicaments ou de dépendance à l’alcool n’est pas rare. Les sorties s’espacent, les relations familiales peuvent se détériorer jusqu’au divorce au pire des cas.
Tandis que 66 % des sinistrés des départements de Miyagi et d’Iwate souffrent de dysfonctionnements physiques ou mentaux, le cruel défaut de personnel médical et des dispensaires empire. Et les médecins eux-mêmes se plaignent de problèmes de santé, dus à la surcharge extrême de travail.
Or l’établissement d’un système de soins à domicile, considérés comme médecine de demain par les Japonais, est une nécessité absolue et pressante, particulièrement dans ces zones touchées où une partie importante de la population est du quatrième âge et que les obstacles à l’accès aux soins sont nombreux surtout pour les habitants de logements provisoires.
En attendant, chaque préfecture tâche d’apporter le maximum de soutien à l’ensemble des sinistrés, en vue de compléter les mesures prises au niveau du gouvernement. Parallèlement une bonne partie des municipalités ont créé, en collaboration avec les volontaires, une structure locale d’entraide et des plans d’assistance à la renaissance de la vie de communauté.

(8)Le soin des enfants

Le sort des enfants du Tohoku nous préoccupe en premier lieu, et comme vous le savez, peut-être, nos actions de soutien se centrent sur eux. Pour cette raison, nous poursuivons notre réflexion sur ce thème, bien que les informations relatives ne nous arrivent qu’en compte-goutte.
Les associations et les volontaires sont toujours assez présents sur place pour le soin et l’accompagnement des jeunes sinistrés qui traversent ces épreuves. Ce qui est rassurant, mais il n’existe pas, à notre connaissance, de rapports d’activités publiés qui nous permettraient de visualiser un portrait global de ces enfants.
1.464 ont perdu l’un de leurs parents, tandis que 241 sont devenus orphelins (au 30.06.2012). Plusieurs fonds oeuvrent activement dans le but de les soutenir financièrement sur le long terme, ce qui complèterait les subventions versées par l’Etat et les préfectures.
Ces programmes d’aide portent d’ores et déjà leur fruit. 80 % des jeunes frais émoulus d’un lycée, auxquels le tsunami a arraché l’un ou les deux des parents, ont accédé à l’enseignement supérieur en avril 2012. Ce pourcentage est le double de la moyenne de hisai-sanken d’avant 2011.
Partout dans les villes et villages endommagés, le sourire lumineux et l’attitude positive des enfants, orphelins ou pas, réconfortent et encouragent les adultes. Toutefois, pour beaucoup d’entre eux, l’on imagine les souffrances silencieuses et invisibles, dissimulées derrière ce sourire.

(9)Les activités de soutien

Ce que l’on appelle généralement « le soutien des sinistrés » se divise officieusement en 3 catégories : l’assistance sur les lieux sinistrés ; l’aide de grande étendue des sinistrés dispersés dans tout le pays ; l’appui donné à partir des villes de l’intérieur des départements atteints.
Chaque administration prend des mesures de soutien selon sa position et ses moyens. Néanmoins, les mieux placés sont les volontaires pour saisir rapidement les besoins évolutifs et diversifiés de la population sinistrée et pour lui assurer un accompagnement adapté et personnalisé.
Cependant le nombre de volontaires enregistré, qui s’élevait à 1.170.000 pour les hisai-sanken au 31.01.2013, est en forte baisse aujourd’hui. Et deux ans après, certains d’entre eux devraient cesser leur travail, faute de moyens et/ou de personnel, ou encore par fatigue ou lassitude.
Or, à l’inverse de cette tendance inévitable avec le temps, la nécessité de soutien et l’attente des sinistrés augmentent, tant les dégâts matériels et mentaux sont énormes. Les dons d’argent des personnes morales et physiques diminuent considérablement, et la population se sent abandonnée par les autorités et abattue par les peines.
Dans ces conditions, nous sommes persuadés que les témoignages de solidarité qui viennent des pays étrangers prendront de plus en plus de valeur. L’impact de ces pensées et de ces gestes, qui parviennent de mille lieues, est tout simplement inestimable, qu’ils soient matériels ou moraux.
Cela touche et encourage non seulement les sinistrés, grands et petits, mais aussi les volontaires et les autres personnes qui se trouvent à leurs côtés. A travers les actions de notre association, nous recevons fréquemment des signes vivants de leur gratitude.
‘’ Ne nous oubliez pas ! ’’ Nous sommes conscients de notre devoir et de notre responsabilité de réponde à ces appels du peuple du Tohoku. Une récente enquête montre que pour plus de 5 % de la population meurtrie, leur appui actuel le plus important provient des volontaires et des citoyens de l’extérieur de la région.

¤ Situation du département de Fukushima
3.182 morts 5 disparus 182 blessés 1.121 décès liés aux catastrophes
21.100 bâtiments entièrement détruits 239.100 partiellement détruits
109.000 réfugiés de la zone d’évacuation consignée (alentours de la centrale)
154.000 réfugiés pour tout le département : 97.000 déplacés à l’intérieur du département,
57.000 déplacés à l’extérieur du département dont 16.970 écoliers et élèves (au 15.02.2013)

Le département de Fukushima, qui possède sur son territoire la centrale nucléaire Fukushima-Daiichi, est l’un des 3 principaux départements les plus ravagés (hisai-sanken) par le séisme et le tsunami.
La côte est tombée en ruine en particulier par le tsunami qui a simultanément atteint la centrale située au bord de la mer. Il a provoqué une série d’accidents très graves dans la centrale et d’importantes fuites de radioactivité dans l’air, la terre et l’eau de la mer. Et de par sa proximité, les habitants ont été forcés à quitter immédiatement leur domicile.
Triplement frappé par cette succession de catastrophes, le département de Fukushima se trouve dans une situation inédite, bien particulière et extrêmement difficile.
Les incidents persistent dans la centrale et la fuite de radioactivité perdure. Les travaux de véritable rétablissement sont à peine entamés, et personne ne sait ce qui arrivera demain. Personne ne sait combien de décennies vont devoir s’écouler avant la résolution définitive des problèmes.
L’Etat a reclassé, en mars 2012, le secteur des alentours de la centrale, selon la dose d’irradiation annuelle estimée pour les 5 années à compter de celle des accidents. D’après ce reclassement, il existe actuellement 5 zones distinctes qui sont indépendantes de la division des communes.
L’appellation et la définition de ces zones semblent fort complexes et manquent de clarté. D’après ce que nous avons cru comprendre, une seule zone parmi les cinq est désormais ouverte au retour des habitants, et que les communes concernées sont invitées à envisager ce retour. En revanche il y a des communes qui ne savent pas si leur retour sera possible même passé ce délai de 5 ans.
Il n’est pas aisé de comprendre la situation complexe de reconstruction du département et les conditions de vie que subissent ses habitants. Les informations fournies par l’administration sont peu explicites, et l’intérêt des médias converge de plus en plus sur la destinée des réacteurs de Fukushima-Daiichi et sur celle des centrales nucléaires en général.
Or, sans comprendre la réalité du moment présent du Fukushima, on ne saurait parler du Tohoku d’aujourd’hui. Nous allons donc effectuer une tentative de compréhension. Afin de la simplifier, nous reprenons les points quasi identiques, dans le même ordre, examinés pour les autres départements. Les chiffres indiqués sont au 31.12.2012 sauf mention spéciale.

(1)Traitement des décombres
Quantité estimé : 3.670.000 tonnes dont 60 % ont été transportées dans les dépôts provisoires

(2)Décontamination                                                                  
【Zone concernée】 Selon la dose d’irradiation, l’Etat a classé 2 zones suivantes : 
①« Zone de décontamination spéciale » sous le contrôle directe de l’Etat. Destinée aux 11  communes des alentours de la centrale.
②« Zone de contrôle intensifié du degré de contamination » où la décontamination est effectuée par les collectivités et prise en charge par l’Etat. 179.186 maisons dans 101 communes relevant de 8 départements semblent être concernées.

【Mise en exécution】

Pour la zone ①, 6 collectivités ont entamé les travaux de véritable décontamination, 2 communes n’ont même pas commencé l’élaboration d’un plan.
Pour la zone ②, il est dit que la planification a pris fin dans 93 collectivités, et que quelques 20 % des maisons visées se sont vues effectuées la première tranche des travaux.
En général, les méthodes adoptées sont inefficaces et la surface dépolluée dans chaque commune concernée est trop restreinte. Une mauvaise gestion des sous-traitants est également signalée.

(3)Infrastructure et services publics

Le taux de remise en état varie de 0 à 87 % selon la position géographique et le classement du lieu.

(4)Industries

【Agriculture】9 % des terres cultivées endommagées sur la totalité de 5.927 ha ont retrouvé leur état cultivable, et 56 % des unités d’exploitation ont repris leur activité.
Alors que l’on remarque des cas de reconstruction chez les agriculteurs des autres départements dévastés, les exploitants agricoles du Fukushima tâtonnent dans la lutte contre la radioactivité.
Leur rétablissement dépendrait de la recherche au stade de la production, en plus des efforts de décontamination et de ceux de garantie de sécurité des produits auprès des consommateurs. Ils devront déployer de l’ingéniosité en collaboration avec des scientifiques. Une récente étude montre, par exemple, l’intéressante propriété du chou et du concombre qui n’absorbent peu le caesium renfermé sous terre.

【Secteur de pêche】53 % des 1.173 bateaux de pêche, que comptait le département avant les désastres, sont désormais prêts à redémarrer.
Nous ne disposons pas d’informations sur les autres secteurs de l’industrie. Mais ce qui est certain, c’est l’existence de diverses recherches pour la création des industries d’avenir post-nucléaire. Le développement des nouvelles techniques de production des énergies renouvelables est très attendu.

(5)Habitat et communauté

【Habitat】Logements provisoires préfabriqués : 16.760 construits, équivalents à 95 % de la totalité demandée. Logements de location loués par la préfecture : 24.876. 93.000 personnes occupent l’ensemble des deux types de logement. La construction ou le réaménagement des logements publics n’a guère commencé.

【Communauté】Quel que soit la zone dans laquelle elles sont classées, pour les communes proches de la centrale, la prise de décision d’un éventuel retour n’est nullement chose facile. Les habitants sont éparpillés, ils sont d’âge et d’intérêts différents et leurs opinions sur la question sont divisées.

(6) Emploi

D’après les chiffres publiés, 17.604 personnes ont trouvé un emploi grâce à la mesure d’emploi d’urgence, et elles couvrent 63 % du nombre total visé par le plan de création d’emploi.

(7)Soutien à la population sinistrée

Les réfugiés, nombreux, sont disséminés aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du département. En ce qui concerne leurs conditions de vie, l’aide apportée et l’accompagnement effectué, aucun chiffre n’est annoncé et peu d’informations globales sont disponibles.
Ballotés par la politique irresponsable et non visionnaire du gouvernement, dont le plan de classement et de reclassement des zones, les habitants des collectivités situées dans les environs de la centrale sont fatigués d’attendre dans un tunnel sans issue visible.
Par ailleurs, « les réfugiés spontanés », dont le nombre est inconnu, n’ont pas droit à la subvention étatique. Souvent la mère et les enfants d’âge scolaire habitent en dehors du département, séparés du père restant en dedans afin de maintenir son emploi. Ils doivent assumer non seulement un double coût de vie, et leurs problèmes étant mal compris par leur entourage, ils peuvent aussi souffrir de solitude.
En dépit de ces contraintes, une quantité grandissante d’habitants a renoncé à rester dans le département et est partie vivre ailleurs. Ils sont laissés sans perspectives de redressement de leur communauté, et poussés par la difficulté de planifier leur propre avenir ainsi que par la peur permanente d’irradiation.
Toute la population du Fukushima continue de vivre dans l’indignation du gouvernement central et dans l’affliction insondable, et il est rapporté que 76 % des réfugiés logés dans différents départements du Tohoku se plaignent de troubles de la santé.

(8)Soin des enfants

L’Etat et la préfecture prennent des mesures d’aide et de soutien des réfugiés, avec le soin particulier destiné aux enfants. Des enquêtes sont menées par la préfecture, en vue de la gestion de la santé continue de chaque habitant du département.
Le contrôle de thyroïde est mis en place pour les moins de 18 ans, et il a été effectué à 36 % jusqu’à la fin novembre 2012. Le résultat montre d’ors et déjà la présence de nodosité(s) chez les 95.954 enfants, 40 % de l’ensemble contrôlé.

(9)Activité de soutien

Le besoin d’aide en volontaires est encore plus grand que dans les autres départements atteints. Les activités sont nombreuses comme le soutien des réfugiés dans leur quotidien, l’assistance dans les travaux de décontamination ou l’aide dans le travail de reconstruction en général. Malgré tout cela, on y rencontre bien des habitants admirablement positifs qui sont déterminés à chercher le moindre espoir dans la confusion et l’embarras présents dans l’air qui les entoure, et à faire un pas en avant en surmontant tout obstacle. Et chacun s’emploie de son mieux pour repartir ou améliorer ses conditions de vie. Les sourires et les rires des enfants sont éblouissants.

¤ Réflexions en guise de conclusion

Cette tragédie d’une ampleur exceptionnelle du 11 mars 2011 et notre belle région du Tohoku simultanément assaillie par ces trois catastrophes colossales… ‘’A présent que se passe-t-il sur ces lieux anéantis ? Quel est l’état d’esprit de tous ces êtres dits sinistrés ? De quoi ont-ils besoin ? ’’
En septembre 2012, donc un an et demi après cet incroyable événement, nous nous sommes posé ces questions.
Il n’était pas aisé, déjà à ce moment-là, de trouver des réponses à ces questions. La raison de cette difficulté ne concernait pas la « distance » - nous sommes à mille lieues du Japon - mais le « temps » - loin des yeux, loin du coeur.
A l’intérieur même du pays, la mémoire collective de ce drame s’éteint peu à peu, et la préoccupation générale pour la situation des sinistrés s’affaiblie avec le temps qui passe.
Non seulement la quantité d’informations sur le Tohoku diffusée par les médias japonais est en baisse progressive depuis un an, mais aussi les sujets traités sont plutôt centrés sur la destinée de la centrale de Fukushima-Daiichi ainsi que celle des autres réparties dans le pays et examinée de l’unique point de vue de risque sismique.
Il nous semble que la conscience japonaise ne s’intéresse guère à la vraie question atomique et qu’elle s’éloigne de celle de la responsabilité du peuple japonais envers l’humanité toute entière.
Certes, l’écrasant questionnement de radioactivité masque les problèmes des sinistrés nucléaires de Fukushima et le sort de la population sinistrée en général. Or ils sont encore 315.000 et beaucoup d’entre eux peinent toujours à reprendre leurs forces et se battent simplement pour vivre.
Comment pourrions-nous oublier tous ces êtres? Une vieille femme qui, accroupie sur un terrain désolé où poussent des herbes desséchées, ramasse, à la main, des vestiges de sa maison. Un vieil homme seul qui, avalant ses douleurs d’avoir tout perdu mais sans jamais se plaindre, s’efforce de s’adapter à la nouvelle vie qui se déroule dans son unique univers de petit logement préfabriqué...
Pendant que la reconstruction piétine, le vieillissement de la société s’accélère. Mais quand nous songeons à ces vies si précieuses qui ont eu la chance de survivre au tsunami si énorme et si meurtri, nous ne pouvons que leur souhaiter de vivre, vivre jusqu’au jour où elles retrouvent un sens à leur existence et la saveur du bonheur.

‘’Nous pensons que le soutien ne concerne pas seulement les actions visibles. Nous sommes persuadés qu’il existe bel et bien des soutiens sous forme de « savoir » et de « penser ». ‘’ C’est ce que nous avons écrit il y 6 mois. Aujourd’hui notre conviction reste intacte.
Le chemin de reconstruction sera long. Pour que nous puissions poursuivre notre chemin à nous, aux côtés des sinistrés, nous devons avancer pas à pas, à notre rythme, sans hâte et sans épuisement.
Deux ans après les immenses désastres, les ressortissants japonais en différentes parties du monde organisent des manifestations anti-nucléaires et se font remarquer. Bien que les actions de l’Association Solidarité Japon 34 soient plus discrètes, nous espérons pouvoir continuer modestement mais sûrement. Important, c’est de durer.

SITUATION EN SEPTEMBRE 2012, TOHOKU D’AUJOURD’HUI, UN AN ET DEMI APRES
PAR KEIKO NAGAI,DE L'ASSOCIATION ASJ 34

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 et un gigantesque tsunami ont anéanti la région du Nord-Est (Tohoku) du Japon. Passée la première année qui a connu un grand changement, les mouvements frappants sont moins nombreux depuis quelques mois.
Mis à part le département de Fukushima qui vit une situation très particulière, la remise en état d’urgence des lieux dévastés va bientôt prendre fin et, à présent, débute la véritable reconstruction.
Les sinistrés sont déçus par la lenteur de prise de décisions et d’actions de l’administration, et ils attendent avec anxiété et impatience l’amélioration de leurs conditions de vie.
Pourtant l’administration s’est vue dans l’obligation de faire face à l’ampleur inimaginable des catastrophes et d’essayer de donner une réponse aux innombrables questions inédites.
10 années sont prévues, au moins, pour la reconstruction de la région. Encore presque à l’aube de cette période, l’Association Solidarité Japon 34 tente de vous présenter ici, comme elle a pu la comprendre, l’actualité de la vie du peuple du Tohoku.
Il faut faire la distinction entre la situation du département de Fukushima et celle des autres départements touchés. Nous allons d’abord parler des autres départements, ensuite nous intéresser au Fukushima, avant de conclure avec un questionnement sur l‘ensemble des choses. Les chiffres annoncés concernent la totalité des zones sinistrées sauf mention spéciale.

¤ Données publiées par l’Agence de Reconstruction du gouvernement (au 31.08.2012)
11 départements endommagés
(les trois plus endommagés sont les Miyagi, Iwate et Fukushima, appelés « hisai-sanken »)
15.868 morts, 2.846 disparus, 6.109 blessés
129.000 bâtiments entièrement détruits, 990.000 partiellement détruits
L’agence de Reconstruction a été instituée au sein du gouvernement aussitôt après le 11.03.11. La première année a été principalement employée pour l’élaboration des nouvelles lois et l’aménagement des anciennes ainsi que pour le calcul des budgets. Selon ces budgets, l’argent a été délivré en 3 fois en 2012. La délivrance sera poursuivie au fur et à mesure.
Nous allons montrer ci-après, point par point, la situation de rétablissement et de reconstruction ainsi que des problèmes qui sont là. Ces points sont (1) le traitement des décombres (2) l’affaissement de terrain (3) les infrastructures (4) les industries (5) l’habitat et la communauté (6) l’emploi (7) le soutien à la population sinistrée (8) le soin des enfants (9) les activités de soutien.
Ils ne sont pas présentés dans un ordre d’importance. Ils sont tous majeurs et interdépendants, et tous ces problèmes doivent être résolus parallèlement. Nous allons d’abord indiquer les chiffres afin de vous donner une première idée, suivront ensuite les explications en vue de donner un visage humain à tous ces chiffres sans âme.
Situation actuelle de rétablissement et de reconstruction
330.000 réfugiés (au 31.08.2012) contre 470.000 (au 14.03.2011)
dont ceux réfugiés hors de leur département : 1.600 pour Iwate, 8.400 Miyagi, 61.000 Fukushima
Logements provisoires préfabriqués : 53.000 construits, 48.700 occupés
Logements de location loués par la préfecture et considérés comme logement provisoire : 82.800
Une partie de la population sinistrée est logée chez la famille ou loue, à ses frais, un appartement, mais leur nombre exact reste inconnu.

(1)Traitement des décombres et des sédiments laissés par le tsunami
Quantité estimée pour les hisai-sanken : 27.600.000 tonnes (18.000.000 T de décombres, 9.600.000 T de sédiments) dont 21.000.000 T enlevées et 6.410.000 T traitées
L’état souhaite traiter le maximum sur les lieux, et le projet d’installation des incinérateurs et de recyclage des décombres dans des cimenteries ou des usines de papeterie se réalise progressivement.
La quantité estimée, qui ne pourrait être traitée sur place et qui nécessiterait l’opération en dehors des départements de Miyagi et Iwate, s’élève à 1.690.000 tonnes. Le gouvernement peine à trouver des municipalités qui accepteraient de participer, dû à l’opposition de la population locale qui craint la contamination radioactive des décombres.

(2)Affaissement et liquéfaction de terrain
Ces phénomènes causés par le séisme sont perpétuels et empêchent considérablement la reconstruction. La superficie des terrains inférieurs à la surface de la mer est aujourd’hui 3,40 fois plus importante qu’avant les catastrophes.
Ils dépassent la région de Tohoku et concernent plus de 160 communes. Celles qui ont été fortement atteintes sont confrontées à la question du renforcement du sol. Ces travaux, demandant des fonds importants, avancent difficilement, ce qui provoque souvent la fuite de la population jeune.

(3)Remise en état d’infrastructure
Le taux de remise en état d’urgence des infrastructures publics varie. Les éléments principaux comme l’eau, l’électricité ou le gaz sont très largement rétablis. Le taux est également assez élevé pour la voirie côtière, tandis que le nombre de lignes ferroviaires qui longent la côte n’ont pas de perspective de réouverture. Il est de 100% pour les aéroports, 20% pour les digues et 78% pour le fonctionnement des ports. Quant aux ports de pêches, 34% voient leur fonction de débarquement totalement rétabli. Enfin l’enlèvement des décombres est terminé pour 85% des zones de pêche.
Le service public comme les communications, la poste, les hôpitaux ou les écoles est à nouveau assuré de 80 à 100%.

(4)Industries
【Secteur de pêche】Le taux de redressement de pêche : 69 %.
Parmi les installations de transformation des produits maritimes qui souhaitaient la reprise, 55 % sont parvenues à la réouverture (le nombre total des installations pour les hisai-sanken est de 759).
Dans le département d’Iwate qui a enregistré la perte de 70 % de ses quelques 14.000 bateaux de pêche, la restauration des ports de pêche et la reprise de l’activité progressent peu à peu. Ce mois-ci, la dernière des 13 halles aux poissons a fêté sa réouverture.
Le Miyagi, département le plus endommagé, s’est vu dans l’obligation de faire le choix, par insuffisance de moyens, de restructurer 60 ports sur 142 afin d’y intensifier la pêcherie. La préfecture a mis en place son plan de « zones spéciales pêcherie ».
Ce plan envisage notamment d’accorder le droit de pêche aux entreprises extérieures et vise à élargir les moyens de développement et à accélérer la reconstruction. Mais il a rencontré la violente opposition des syndicats qui craignent la perte de monopole de gestion des lieux de pêche et la concurrence excessive, et il tarde à se concrétiser en dépit d’efforts déployés par le Préfet lui-même.
Cependant la société évolue, et l’époque exige aux pêcheurs de s’y adapter en transformant la forme de leur travail : Travailler collectivement et indépendamment, associer la pêche et d’autres activités du secteur et participer au développement global des communautés de la zone.

【 Agriculture】
Pour les 6 départements touchés, 38 % de la terre cultivée endommagée, sur la totalité de 21.500 ha, a retrouvé son état cultivable, et 40 % des unités d’exploitation sur 10.200 a repris son activité au moins partiellement.
L’élimination de la boue et de l’eau de mer des rizières et des champs ainsi que leur nettoyage demandent un temps et une dépense considérables.
La population sinistrée vieillissante est poussée à choisir, entre continuer l’exploitation par elle-même, louer ses champs pour d’autres activités, ou en confier l’exploitation à des gens de l’extérieur. Des cas d’agriculteurs, qui ont renoncé à la reprise et quitté le lieu en louant leur sol, sont rapportés. Idem pour ceux qui ont adopté la culture de légumes à la place de la riziculture peu rentable.
Comme dans le secteur de la pêche, la clef de la renaissance est la restructuration et l’organisation d’un nouveau système d’exploitation collective. Pour ce faire, Il faudra oser séparer la propriété de la terre et son usage ainsi que son réaménagement de grande envergure.
Certains agriculteurs se sont déjà lancés dans des modes d’exploitation nouveaux. Un des exemples est la culture de légumes sous serre plastique avec l’usage exclusive de l’eau sans la terre, appelée « fabrique de plantes ».
La méthode nécessite des fonds de lancement considérables, mais assure plusieurs récoltes stables dans l’année et l’obtention d’un réseau de vente répandu dans l’ensemble du pays. Sans risque de pollution radioactive, elle pourrait être prometteuse pour l’agriculture du Fukushima de demain.
【 Tourisme】
Durant la première année qui a débuté le lendemain des catastrophes, le revenu touristique a chuté de 15 % pour les 6 départements de Tohoku et de 8 % pour tout le Japon.
La région entière cherche à faire venir ou revenir les touristes dans leur beau pays riche en sites touristiques attrayants. Ensemble elle donne des manifestations dans ce but. Et chaque département invente ses programmes originaux, comme l’Iwate qui organise des voyages éducatifs destinés aux élèves et aux volontaires.
Certains villages sinistrés ont mis en place des circuits de découverte avec la participation des habitants qui se servent de guide et de conteur de l’histoire du lieu et de témoignages du drame du 11.03.11. L’expérience remporte un vif succès.
Toutefois le nombre de lits manque cruellement dans l’hôtellerie. Une grande quantité d’hôtels et d’auberges ont renoncé à la reprise ou n’arrivent pas à en avoir la perspective. Les projets de construction de nouveaux établissements sont peu suffisants, et quand un hôtel est ouvert, ses chambres sont souvent prises par des volontaires ou du personnel s’occupant des travaux sur place.
Dans le Miyagi, une seule des 28 stations balnéaires a rouvert. Certaines d’entre elles risquent la fermeture définitive due à la submersion des plages ou l’état inconnu des décombres qui s’amoncèlent au fond de la mer.

Pour tout secteur confondu, il ne faut pas abandonner les petits exploitants qui, depuis des générations, ont été acteurs dans le développement de l’économie locale. L’Etat et les préfectures doivent conjointement favoriser et subventionner les P.M.E. qui peinent à repartir par leurs propres moyens, ou ceux qui ont le potentiel de devenir des piliers d’une structure économique de demain.

(5)Habitat et communautés
*En tant que méthode de reconstruction des quartiers endommagés d’une communauté, le gouvernement a conçu 3 possibilités qui sont appelées : le transfert collectif et préventif contre les sinistres ; l’aménagement foncier ; la combinaison de 2 méthodes.
Le choix revient à chaque collectivité locale qui doit concevoir et présenter un plan. Cela nécessite une série de concertations préalables avec la population. Cette étape est déjà problématique lorsque les habitants sont dispersés en dehors du département, et quand ils sont sur place, la divergence de leurs opinions est fréquente. Ainsi la concertation est loin d’être finie dans nombre de collectivités.
Quel que soit la méthode choisie, ce n’est pas une simple question de restauration d’un village ou un port balayé par le tsunami. Il s’agit de recréer globalement, pour toute une région, la structure sociale et économique écroulée dans ses fondements. Ceci est une particularité de ces colossales catastrophes du 11.03.11.

【 Transfert collectif et préventif contre les sinistres】
Il est réservé aux habitants qui vivaient dans un quartier reconnu ‘‘dangereux et impropre à l’habitation’’. Un nouveau logement leur sera attribué dans un lieu qui sera nouvellement créé sur une hauteur, en défrichant un bois ou un champ dans la plupart des cas. Cela concernera 245 quartiers dans 24 collectivités, mais l’obtention de terrain pose, d’ores et déjà, un grave problème.

【Aménagement foncier】
Cela signifie la reconstruction d’un lieu de résidence et des établissements publics à l’endroit où se situait le quartier touché. Pour cela, il faut, dans un premier temps, y entasser plusieurs mètres de terre. L’Etat prévoit 58 quartiers pour 20 collectivités.

【Combinaison de 2 méthodes】
Dans certains cas, une communauté peut choisir, par exemple, de transférer le quartier de résidence sur une hauteur et redresser les établissements publics et le quartier commercial sur l’ancien lieu. Lorsqu’elle reconstruit le quartier de résidence sur l’ancien lieu, l’administration projette d’attribuer des « logements publics et préventifs contre les sinistres » aux habitants qui en ont besoin.

【Construction ou réaménagement de « logements publics et préventifs contre les sinistres »】
Le délai d’occupation actuelle de logement provisoire est initialement fixé à 2 ans (Le Miyagi l’a récemment prolongé d’un an). Au terme de ce délai, la préfecture ou la municipalité pourra louer un logement public à un sinistré qui se retrouvera sans moyens de s’en procurer un par lui-même.
Afin de compléter les logements publics existants qui sont largement insuffisants, l’Etat prévoit la construction de quelques 23.000 nouveaux appartements et souhaite l’achever en 2015. Cependant le terrain disponible est si restreint que seuls les 12 unités ont vu le jour jusqu’ à présent.

【Usage de terrain d’un quartier reconnu dangereux】
Une fois le transfert des habitants sur une hauteur terminé, l’ancien lieu sera désigné comme «zone de risque de sinistres ». Dans cette zone, la construction sera autorisée uniquement pour les installations de pêcherie et celles de transformation des produits maritimes.
*Sur la plaine, on prévoit, à partir de l’année prochaine, l’insuffisance absolue de terre et sable, aussi bien pour son entassement destiné à la création des lieux de vie, que pour les travaux de reconstruction de voirie, plage, digue et autres éléments de l’infrastructure (40.000 m3 comme quantité manquante estimée rien que pour le Miyagi). On craint un retard supplémentaire des travaux de reconstruction.
*Quelques-uns des obstacles, également présents dans le secteur de construction et de travaux publics, sont le manque de nombre d’ingénieurs, la hausse des salaires et la difficulté d’assurer l’hébergement des ouvriers. Une aide multiple de la part de l’administration est attendue.

(6)Emploi
La situation de l’emploi s’est peu améliorée et reste toujours aussi alarmante pour les sinistrés, et les problèmes liés au chômage demeurent nombreux. Les chiffres, indiquant une offre supérieure à la demande, ne reflètent guère la réalité.
Le nombre de chômeurs, qui ne sont plus indemnisés, s’élève à 17.300 pour les hisai-sanken au 31.07.2012, et 65 % d’entre eux n’ont pas réussi à retrouver un emploi. A compter du 1er octobre, plus aucune indemnité ne sera allouée aux 10.000 allocataires restants.
Le décalage est considérable entre les catégories d’emploi demandées et celles d’emploi offertes. La hausse d’offre concerne essentiellement le secteur de travaux publics et de construction pour lequel le nombre de demande n’atteint même pas la moitié de celui d’offre. Cette tendance est renversée dans l’industrie alimentaire et le travail de bureau.
Les personnes d’âge avancé et les femmes ont le plus de mal à se placer. La nécessité ou le souhait de travailler chez les femmes est loin d’être satisfait dans les principales industries locales.
Et côté employeurs, souvent sinistrés eux-mêmes, leurs propres conditions précaires d’embauche ne leur permettent point d’offrir de CDI. Le déséquilibre existe également sur ce plan vis-à-vis des chômeurs qui cherchent un emploi stable.
La jeune génération des sinistrés en quête de travail ne cesse de quitter sa commune. L’urgence est la création d’emplois répondant aux besoins locaux spécifiques, et seule la coopération entre les collectivités locales et le secteur privé la rendrait possible.
Dans le même temps, l’administration devrait développer et répandre la formation professionnelle qui n’était pas établie comme un système dans le pays jusqu’ici. Et il lui faut impérativement activer l’accompagnement personnel des sinistrés qui sont au chômage.

(7)Soutien à la population sinistrée
Les retards répétitifs des actions de l’Etat ainsi que celui du commencement de reconstruction découragent les sinistrés et, en dépit de la volonté de redressement rapide de leur vie, nombre d’entre eux se sentent désemparés devant les obstacles si complexes et si difficiles à surmonter.
18 mois de précarité et de désespoir provoquent, chez une partie de la génération la plus active sans emploi, la dépression ou la dépendance à l’alcool et parfois la violence dans le foyer. Pendant ce temps-là, l’on constate l’existence des personnes d’un grand âge qui, en perte de sens de leur vie, s’isolent peu à peu, dans l’attente de la mort.
Durant le premier hiver, quelques-unes d’entre elles ont été trouvées mortes toutes seules dans la solitude, les autres ont mis fin à leurs jours, et cela malgré la mesure de prévention prise par les municipalités et les volontaires.
L’année 2011 a compté 61 suicides dont la cause était le drame du tsunami ou des accidents nucléaires. Par ailleurs le grand séisme, qui a frappé la ville de Kobe en 1995, nous a témoigné que le nombre des morts postérieures et solitaires avait augmenté à partir de la deuxième année.
Pour beaucoup de communes, il nous semble (et nous l’espérons vivement) que les conditions de la vie dans les logements provisoires s’améliorent petit à petit, grâce aux divers efforts déployés par les habitants et aidés par les volontaires ou les municipalités. Mais quand ces logements se situent sur une hauteur loin de centre-ville, les difficultés persistent pour les occupants.

Globalement le personnel médical et les dispensaires font défaut, alors que l’on assiste au cas grandissants de troubles de sommeil et d’autres dysfonctionnements physiques ou mentaux. Le renforcement d’aide aux soins et de surveillance ainsi que des soins à domicile par les médecins est une nécessité pressante, notamment pour les vieux, les handicapés et les jeunes chômeurs.
Nous ignorons le nombre, mais il existe aussi des « handicapés de sinistres ». Il s’agit des personnes qui sont devenues handicapés physiques ou handicapés mentaux lourds à cause des catastrophes, et l’instauration d’une loi spéciale est également attendue pour leur protection.
Un autre fait concerne la mort et le suicide dus à un excès de travail. Cela se produit lorsqu’un employé sinistré se force dans un emploi inadapté et /ou que l’employeur, en hâte de redressement, force, de son côté, par une surcharge de travail. Une vie si précieuse, qui a eu la chance de survivre au tsunami si énorme, ne doit pas être perdue par le simple fait du travail.
La recherche de 2.846 corps disparus continue. Il est fréquent que les proches n’arrivent point à accepter la disparition et à faire un pas en avant. Leur blessure est toujours aussi profonde. D’autre part, un certain nombre de dépouilles restent non identifiées, en dépit d’efforts remarquables des polices départementales.
Pour l’ensemble des sinistrés, chaque préfecture tâche d’apporter le maximum de soutien avec, entre autres, l’ouverture de « pôles d’accompagnement » ou de « centres d’accueil et de conseil » en vue de compléter les mesures prises au niveau du gouvernement.
Parallèlement les municipalités tentent, en collaboration avec les volontaires, de créer une structure locale d’entraide et des plans d’assistance à la renaissance de la vie de communauté.

(8)Le soin des enfants
1.464 ont perdu l’un(e) de leurs parents, tandis que 241 sont devenus orphelins (au 30.06.2012). Plusieurs fonds et associations oeuvrent activement dans le but, en particulier, de les soutenir financièrement à long terme, ce qui complèterait les subventions versées par l’Etat.
Malheureusement nous n’avons pas pu obtenir suffisamment d’informations qui nous auraient permis de comprendre leurs conditions de vie – où et avec qui et comment mènent-ils leur vie ? – ni sur leur état d’esprit, ni sur leurs soucis…, des questions qui nous préoccupent tout particulièrement.
Partout dans les villes et villages touchés, le sourire lumineux et l’attitude positive des enfants, orphelins ou pas, réconfortent et encouragent les adultes. Toutefois, pour beaucoup d’entre eux, l’on imagine les souffrances silencieuses et invisibles, dissimulées derrière ce sourire.
L’intervention des volontaires est indispensable pour le soin et l’accompagnement des enfants qui traversent ces épreuves. Côté administration, chacune applique ses programmes de soutien. En outre, l’Etat et les préfectures mènent conjointement des enquêtes sur l’état de santé globale et de croissance de ces enfants, et la publication des résultats des enquêtes est prévue prochainement.
La formation de spécialistes d’accompagnement psychologique de l’enfant est également à promouvoir d’urgence, dans ce pays qui ignorait culturellement le besoin de la psychothérapie.

(9)Les activités de soutien
Ce que l’on appelle généralement « le soutien des sinistrés » se divise officieusement en 3 catégories : l’assistance sur les lieux sinistrés ; l’aide de grande étendue des sinistrés dispersés dans tout le pays ; l’appui donné à partir des villes de l’intérieur des départements sinistrés (Iwate et Miyagi).
Un an et demi après, l’environnement qui entoure les sinistrés a évolué et continue d’évoluer à bien des égards. Ceux qui apportent leur soutien doivent savoir s’adapter à cette évolution.
Déjà il y a des points à corriger par l’administration au niveau des inégalités de traitement des sinistrés d’après le type de logement qu’ils occupent, ou de l’iniquité des subventions pour ceux qui sont logés par leur propre soin, considérés comme autonomes.
Chaque administration prend des mesures de soutien selon sa position et ses moyens. Néanmoins, les mieux placés sont les volontaires pour saisir rapidement les besoins diversifiés de la population sinistrée et pour lui assurer un soutien concret et personnalisé.
Le nombre de volontaires enregistré, bien que fortement en baisse aujourd’hui par rapport à l’année dernière, s’élève à 1.060.000 pour les hisai-sanken au 31.07.2012. En réalité, le chiffre réel doit être supérieur si l’on compte ceux qui actent individuellement ou par le biais de petites associations.
La nature des activités de ces volontaires évolue elle aussi. Les travaux physiques qui étaient majeurs au début de leur intervention ont nettement diminué. Désormais ils s’engagent dans des soutiens moins visibles et plus durables, tels que l’accompagnement des sinistrés, l’assistance dans la reconstruction des communautés ou l’aide dans le travail de redressement de l’agriculture ou la pêcherie.
Dans le même temps, il y a des gens qui cherchent, dans le secteur privé, des manières plus centralisées de soutien. Certains ont créé des journaux ou des sites qui publient ou diffusent des informations destinées aux différents groupes et individus qui participent à la reconstruction. Ce faisant, ils souhaitent les rapprocher et faire réaliser un travail efficace grâce à leur coopération.
Les autres ont conçu, individuellement ou en groupe, des systèmes de soutien par internet qui permettraient à n’importe quelle personne, de participer de n’importe quel endroit sans se déplacer. Cette façon simple et moderne est appréciée par les utilisateurs de plus en plus nombreux.
Quant aux témoignages de solidarité qui viennent des pays étrangers, nous en ignorons l’actualité. En revanche nous savons que la valeur et l’impact de ces pensées et ces gestes, qui parviennent de mille lieues, demeurent inchangés, qu’ils soient matériels ou moraux. Cela réconforte et encourage considérablement non seulement les sinistrés, mais aussi les volontaires et les autres personnes qui se trouvent à leurs côtés. Ils manifestent souvent leur gratitude.
La reconstruction est de telle envergure que la coopération de tous ses acteurs est primordiale pour rendre son entreprise efficace. Le gouvernement s’engage à fournir des informations nécessaires à toutes les personnes concernées - les collectivités locales, les organismes publics, les associations… ainsi qu’à coordonner leur communication et à favoriser le développement du volontariat.

¤ Situation du département de Fukushima
2.870 morts, 5 disparus, 20 blessés
20.800 bâtiments entièrement détruits, 231.700 partiellement détruits
111.000 réfugiés de la zone d’évacuation consignée (alentours de la centrale)
162.000 réfugiés pour tout le département : 101.000 déplacés à l’intérieur du département
61.000 déplacés à l’extérieur du département dont 12.300 écoliers et élèves (au 31.08.2012)
Le département de Fukushima, qui possède sur son territoire la centrale nucléaire Fukushima-Daiichi, est l’un des 3 principaux départements les plus touchés (hisai-sanken) par le séisme et le tsunami.
La côte est tombée en ruine surtout par le tsunami qui a simultanément atteint la centrale située au bord de la mer. Il a provoqué une série d’accidents graves dans la centrale et d’importante fuite de radioactivité dans l’air, la terre et l’eau de la mer. Et de par sa proximité, les habitants ont été forcés à quitter immédiatement leur domicile.
Triplement frappé par cette succession de catastrophes, le département de Fukushima se trouve dans une situation inédite, très particulière et extrêmement difficile.
Trahissant la déclaration officielle du gouvernement de fin des accidents, les incidents persistent dans la centrale et la fuite de radioactivité perdure. TEPCO, le gérant de la centrale, a totalement perdu le contrôle de la situation, et les travaux de véritable rétablissement sont à peine entamés.
Ainsi personne ne sait ce qui arrivera demain. Personne ne sait combien de décennies vont devoir s’écouler avant la résolution définitive des problèmes.
L’Etat a reclassé, en mars 2012, le secteur des alentours de la centrale, selon la dose d’irradiation annuelle estimée pour les 5 années à compter de celle des accidents. D’après ce reclassement, il existe actuellement 5 zones distinctes qui sont indépendantes de la division des communes.
L’appellation et la définition de ces zones semblent fort complexes et manquent de clarté. D’après ce que nous avons cru comprendre, une seule zone parmi les cinq est désormais ouverte au retour des habitants, et que les communes concernées sont invitées à envisager ce retour. En revanche il y a des communes qui ne savent si leur retour serait possible même au-delà du délai de 5 ans.
Parallèlement la préfecture a classé l’ensemble du territoire en 5 sections, et établi un plan de redressement. Chaque section bénéficierait de mesures concrètes pour les 10 années à venir.
Dans le cadre de ce plan, chacune des 59 collectivités constituant le département doit concevoir et établir son propre plan de redressement. Elles sont seulement 28 à l’avoir publié jusqu’ici.
Pour les collectivités situées dans les alentours de la centrale, la prise de décision d’un éventuel retour n’est nullement chose aisée. Les habitants sont dispersés, ils sont d’âge et d’intérêts différents et leurs opinions sur la question sont divisés.
Les plus dramatiques sont les cas des communes qui comptent, sur leur territoire, zones plurielles de différentes catégories, dues au reclassement ci-dessus mentionnés. Les conditions pour le possible retour et l’apport d’aide financière par l’Etat varient selon la zone, alors que la municipalité doit prendre une décision unique applicable à l’ensemble de ses administrés.
Lorsqu’une commune évacuée réfléchit à son retour, les principaux critères sont : l’état de la reconstruction des infrastructures du lieu ; l’état de la décontamination du lieu ; et les conditions d’indemnisation par TEPCO et de subvention par l’Etat.

【 Infrastructure】 La zone côtière est toujours en état de ruine, avec ses infrastructures publiques détruites et ses services publics coupés ou fermés. Le traitement des décombres est doublement problématique à cause de leur contamination.

【 Décontamination】 Elle n’est pas commencée dans les zones évacuées, sauf dans une partie où le retour des habitants est autorisé. Pour le reste du département, en général, les méthodes adoptées sont inefficaces et la surface dépolluée est, pour l’heure, trop restreinte.

【 Indemnisation par TEPCO】 Elle est insuffisante tant en montant qu’en catégorie des sinistrés choisie, et le retard du versement s’accumule. Ce problème constitue un des obstacles majeurs au rétablissement de la vie des sinistrés.
La situation est extrêmement grave et cruelle pour tout le Fukushima. Les communautés évacuées n’arrivent toujours pas à l’accepter. Un bon nombre des réfugiés sont fatigués d’attendre dans un tunnel sans issue visible, et le cas des troubles de santé physique et mentale ne cesse d’augmenter.
Sans perspectives de redressement de leur communauté et avec la difficulté de planifier leur propre avenir ainsi que la peur permanente d’irradiation, une quantité grandissante d’habitants a renoncé à rester dans le département et est partie vivre ailleurs. Le problème du dépeuplement est encore plus sérieux ici que dans les Miyagi et Iwate.
L’Etat et la préfecture prennent des mesures d’aide et de soutien des sinistrés, avec un soin particulier destiné aux enfants. Des enquêtes sont menées par la préfecture, en vue de la gestion de la santé continue de chaque habitant du département.
Dans la quasi-totalité des industries, au problème réel de pollution radioactive, s’ajoute celui psychologique des consommateurs extérieurs du département. Cet ennui franchit la limite du Fukushima, et les dégâts sont non négligeables dans le département voisin et sinistré d’Ibaragi.
L’attitude du gouvernement et de TEPCO, qui sacrifient la vie humaine à l’ordre social et la face, manque toujours de sincérité, de sens de responsabilité et devoir et de vraie vision. Non seulement les sinistrés, mais tout le peuple du Fukushima continue de vivre avec l’indignation et les douleurs.
Malgré tout cela, on y rencontre bien des habitants admirablement positifs qui sont déterminés à chercher le moindre espoir dans la confusion et l’embarras présents dans l’air qui les entoure, et à faire un pas en avant en surmontant tout obstacle.
Ils sont nombreux à mesurer et vérifier individuellement et indépendamment les taux de radioactivité, un peu partout dans les entreprises, les établissements scolaires ou médicaux et aussi dans les foyers. Et chacun s’emploie de son mieux pour repartir ou améliorer ses conditions de vie.
« Comment construire un avenir post-nucléaire ? » La question est posée. Dans le but d’y apporter des réponses, différentes recherches ont été mises en place au niveau de l’Etat, la préfecture, les secteurs scientifique et privé. Elles concernent la production des énergies renouvelables et la création des industries nouvelles associées à l’agriculture et la pêcherie locales. Le défi est lancé.

¤ Réflexion en guise de conclusion
Cette tragédie d’une ampleur exceptionnelle du 11 mars 2011. Et notre belle Tohoku simultanément assaillie par ces trois catastrophes colossales. Un an et demi après, que se passe-t-il sur ces lieux meurtris ? Quel est l’état d’esprit de tous ces êtres dits sinistrés ? De quoi ont-ils besoin ?
Il n’est pas aisé de trouver des réponses à ces questions. Pas parce que nous sommes à mille lieues du Japon. A l’intérieur même du pays, la mémoire collective de ce drame s’éteint peu à peu, et la préoccupation générale pour la situation des sinistrés s’affaiblie avec le temps qui passe.
Lorsque les médias japonais diffusent, de temps à autre, l’actualité de la reconstruction ou de la vie des sinistrés, elle se limite aux 5 ou 6 villes les plus touchées. Ils oublient souvent de petits villages de pêche ou des îles isolées qui, par conséquent, ne bénéficient peu ou pas assez d’aide et de soutien.
En outre ils présentent, dans beaucoup de cas, les hommes et les femmes qui vivent avec entrain et courage en bravant leur adversité. En réalité l’on imagine une quantité bien plus supérieure de gens qui peinent à reprendre leur force et pourtant se battent simplement pour vivre.
Dans ce monde qui voit quotidiennement naître de nouveaux désastres quelque part, ce drame du Tohoku appartient désormais au passé aux yeux des médias et du peuple de l’extérieur du Japon.
La France, l’une des grandes puissances nucléaires, ne s’intéresse plus qu’à la destinée des réacteurs de Fukushima-Daiichi et à celle des centrales nucléaires en général, et très accessoirement au sort des sinistrés nucléaires du département de Fukushima. Dès l’été 2011, les médias ont décidé de qualifier l’événement global du Tohoku « les catastrophes de Fukushima », un peu comme avoir nommé « Hiroshima » le lancement des bombes A de 1945 et sa conséquence japonaise.
‘’Ne nous oubliez pas !’’ ‘’Ne nous laissez pas tomber !’’ Des cris des survivants historiques sonnent encore plus déchirants aujourd’hui. ‘’Venez nous voir, venez regarder comment on vit !’’ Appellent-ils. Face à ces voix, que devrions-nous faire, nous qui sommes si éloignés d’eux ?
Quel que soit notre origine, française ou japonaise ou autres, il nous importe, avant tout, de comprendre que chaque sinistré possède sa propre voix. Nous ne devrions pas résumer les 330.000 vies à une simple notion ‘’des sinistrés ‘’. Au contraire, nous devrions respecter l’existence de chaque être et l’accompagner loyalement et durablement par nos pensées.
Le Japon doit réfléchir mûrement sur le sens de cette infortune, en tirer des leçons, s’en nourrir et en sortir grandi. C’est maintenant ou jamais pour lui d’approfondir la question d’énergie atomique, en se convaincant de sa fatalité extrême. Il est de son devoir urgent d’y apporter une réponse, et ceci est à la fois sa responsabilité devant l’humanité entière. Demain ce serait trop tard.
Et parallèlement, il incombe au pays et à chacun de ses ressortissants de reconstituer une société qui serait un Japon rénové et qui saurait peut-être servir d’un modèle dans notre monde de demain.
Nous pensons que le soutien ne concerne pas seulement les actions visibles. Nous sommes persuadés qu’il existe bel et bien des soutiens sous forme de ‘’savoir’’ et de ‘’penser’’. Afin de les maintenir possibles et de les rendre encore plus actifs et efficaces, l’Association Solidarité Japon 34 souhaite pouvoir continuer de vous offrir des informations utiles.

SITUATION EN MARS 2012, UN AN APRÈS
PAR KEIKO NAGAI,DE L'ASSOCIATION ASJ 34

SITUATION DES ZONES SINISTREES , 03.03.2012
¤ Un an après, des secousses secondaires persistent toujours. En 2011 le nombre de tremblement de terre senti par le corps humain a atteint 9.700, c’est-à-dire 7 fois plus qu’en 2010.
¤ L’obstacle le plus embarrassant à surmonter d’urgence, parmi d’innombrables problèmes physiques de la reconstruction, est le traitement des décombres :
‐La quantité des décombres s’élève à 22.000.000 tonnes pour les 3 principaux départements sinistrés.
‐Celle enlevée et transférée aux dépôts provisoires est seulement de 15.000.000 tonnes à la fin 2011. La lenteur de démolition des bâtiments et de déblaiement en est la cause principale.
‐Le gouvernement peine à trouver les lieux de traitement définitif de ces décombres. Il sollicite toutes les préfectures du pays, mais jusqu’à présent, seuls 3 départements sur 47 ont accepté d’en recevoir une partie et d’en traiter chez eux.
¤ Parallèlement le gros problème d’affaissement et de liquéfaction du terrain reste à résoudre et empêche considérablement la reconstruction :
‐L’affaissement important de terrain (jusqu’à 1,20 mètre) provoque l’inondation quotidienne de certaines zones côtières (d’habitation, portuaires, agricoles). Il s’agit d’un phénomène perpétuel, et la solution est extrêmement difficile à trouver.
‐Sur les vastes zones, la liquéfaction du terrain par endroit a provoqué l’inclinaison des maisons et le jaillissement de l’eau souterraine et de la terre.
¤ Malgré ces conditions, chaque département sinistré recherche les moyens de se redresser. Mais le secteur de la pêche, par exemple, se voit obligé de réduire largement son activité, et les pêcheurs s’inquiètent de l’avenir de leur industrie :
‐Le Miyagi, département le plus endommagé, envisage, par insuffisance de moyens, de restructurer 60 ports sur 142 afin d’y intensifier la pêcherie.
‐Le département d’Iwate a perdu 70% de ses 14.000 bateaux de pêche. Bien qu’il tente de rétablir la totalité de ses 111 ports pour une durée minimum de 6 ans, certaines coopératives de pêche cherchent à rationaliser ou moderniser l’activité.
‐Le département de Fukushima, lui, estime à 70.600.000.000 yens (environ 670.000.000 €), le montant des dégât sur seulement 10 ports.

SITUATION DE LA POPULATION SINISTREE AU 03.03.2012
¤ 11 mois après les catastrophes, près de 4.000 personnes sont toujours portées disparues. La recherche des corps continue.
¤ Près de 45.000.000 personnes ont vécu dans différents types de refuges. A la fin décembre, presque la totalité de ces refuges sont fermés et la majorité des réfugiés ont été transférés dans des logements provisoires ou ceux de location.
¤ Problèmes concernant les logements provisoires :
‐L’isolation a été négligée par l’Etat lors de la construction dans une région où l’hiver est rigoureux. Ainsi, dans 80% des logements, de nombreuses personnes âgées luttent contre le froid et souffrent de maladies.
‐Certains de ces logements sont construits sur les hauteurs, éloignés du centre-ville, et imposent aux habitants des conditions de vie doublement difficiles, notamment à la population âgée et aux demandeurs d’emploi sans voiture.
‐De ces conditions résultent parfois la mort chez les vieux qui vivaient seuls sans entourage ou qui souffraient de maladies chroniques. Les efforts déployés pour la prévention, par la collectivité ou les volontaires, restent insuffisants. Certains universitaires cherchent à y introduire les robots.
¤ Le nombre de logements de location, loués par la préfecture et considérés comme logements provisoires, (62.000) est aujourd’hui supérieur à celui des logements préfabriqués à l’usage exclusif des sinistrés (51.000). Toutefois, la complexité administrative d’admission et l’insuffisance d’équipements médicaux n’y facilitent pas l’installation des réfugiés.
¤ Une partie de la population sinistrée est logée chez la famille ou loue, à ses frais, un appartement ou des chambres d’hôtel, mais leur nombre exact reste inconnu.
¤ Problèmes liés au chômage :
‐A présent, ce problème s’avère encore plus important et plus alarmant que celui du   logement. 120.000 est le chiffre présumé de personnes qui ont perdu leur emploi à cause des catastrophes.
‐La situation est extrêmement grave. 39% des chômeurs n’ont plus de famille pour les soutenir, plus de sens à leur vie, et pensent désespérément « J’aimerais continuer à vivre, mais il n’y a point d’avenir. J’aurais préféré périr avalé par le tsunami. »
‐Leur recherche d’emploi acharnée donne peu de résultat. Les offres concernent souvent des CDD dans le secteur de la construction ou des travaux publics, et ne conviennent guère aux personnes d’âge moyen ou avancé.
‐Les trois quarts des 70.000 personnes du secteur d’industrie de la pêche n’ont toujours pas de travail.
‐Plus de 20% de la population agricole a renoncé à la reprise de son activité, et ceux qui l’ont tentée ont beaucoup de mal à progresser.
‐Les deux tiers de ceux qui tenaient un magasin et qui l’ont perdu ne sont souvent pas objet de subvention. Et lorsque le magasin se situe sur le terrain affaissé, il est ni exploitable ni vendable même s’il est intact.
‐L’indemnité de chômage a expiré à la fin janvier pour plus de 4.000 chômeurs et certains d’entre eux n’ont plus aucun revenu. Pour ceux qui ont puisé dans leurs économies, désormais la question de survie s’imposerait.
‐Quel que soit le secteur, la génération la plus active et qui devrait être le pilier de la société pour la reconstruction, est lourdement affectée et le cas de dépendance à l’alcool augmente.
‐Plus de 41.000 sinistrés ont quitté leur département en 2011 en quête de travail ailleurs. La structure de la société s’ébranle.
‐Le gouvernement ne voit toujours pas la réalité. Or, sans la création urgente d’emplois répondant au besoin des sinistrés, la véritable reconstruction de la région ne commence guère, et les fondements même de la société japonaise entière risqueraient d’être sapés.
¤ Question autour des orphelins :
‐1.567 orphelins sont recensés, dont 240 ont perdu les 2 parents. Ils ont droit de bénéficier de l’assistance public et privée, mais leurs conditions de vie sont mal connues, tant l’étendue d’endommagement est importante.
‐Dans bien des cas, le parent qui se charge d’un orphelin est lui-même sinistré, âgé et/ou chômeur et blessé à vif, ce qui rend le sort de l’enfant doublement rude. D’où la nécessité absolue de prendre parallèlement soin du parent.
‐Orphelin ou pas, on constate l’augmentation des enfants qui manifestent la difficulté de suivre en classe, dû au changement d’environnement. Tout cela montre le piétinement pour le rétablissement de la vie des sinistrés.

RECONSTRUCTION DE LA REGION ET DU PAYS AU 03.03.2012
¤ Au Japon, 2012 est « L’an 1 de la reconstruction ». Il faut recréer non seulement la structure sociale et économique totalement détruite de toute une région, mais aussi celle de la nation étroitement liée.
¤ Concrètement les municipalités majeures ont spontanément lancé leur propre plan de reconstruction, sans attendre l’aide du gouvernement qui n’arrive pas comprendre la réalité et qui tarde dans ses prises de décision et d’action.
¤ Néanmoins ces municipalités doivent résoudre, un par un, d’innombrables problèmes, inédits pour la plupart. Le chemin est long.
¤ Par exemple, pour reconstruire une ville ou un village balayé par le tsunami, il n’existe pratiquement que 2 possibilités :
‐L’une consiste à entasser plusieurs mètres de terre à l’endroit où se situait la commune afin d’y construire une nouvelle dessus. Mais cela nécessiterait des fonds colossaux et contrarierait les habitants qui ne souhaitent plus vivre près de la mer.
‐L’autre consiste à défricher un bois ou un champ sur une hauteur et d’y transférer la structure de la commune, mais cela engendrerait également différentes séries de problèmes.
¤ Certaines municipalités sont si affaiblies, ayant perdu une bonne partie de leur population et de leur fonctionnement, qu’elles peinent à progresser dans la reconstruction malgré leur volonté.
¤ Pendant ce temps-là, les entreprises dynamiques situées dans ces municipalités les quittent afin de reprendre leur activité ailleurs, en emmenant dans leurs sillages des entreprises d’autres secteurs, dont l’activité principale dépend des premières. Ce phénomène pourrait conduire à l’exode de la population locale.
¤ Les mesures d’aide de l’Etat ou du département existent, mais les conditions requises pour en bénéficier sont souvent trop rigoureuses pour les petites entreprises. Ainsi elles sont laissées en marge des plans de reconstruction.
¤ Cette situation est déplorable, car, pour la reconstruction d’une localité, il est indispensable de faire avancer parallèlement, son urbanisme d’une part, et le redressement de l’ensemble de ses industries d’autre part.
¤ Cette nécessité caractérise les catastrophes du 11 mars 2011. Malheureusement elle est loin d’être remplie. Dans les 3 principaux départements sinistrés, plus de 30% des entreprises endommagées stagnent dans la reprise de leur activité. Et on compte 1.500, le nombre de celles qui ont renoncé à la reprise ou dont la situation est inconnue.
¤ Ces 2 dernières catégories d’entreprises concernent majoritairement l’industrie de la pêche, la plus importante de la région et, derrière elle, existe toute une chaîne d’autres secteurs. Le nombre d’emplois concernés et donc affectés pourrait atteindre plusieurs milliers rien que pour une commune.
¤ Ces entreprises sont concentrées dans les zones où la construction est sous le contrôle des autorités, et la plupart de ces zones sont situées sur la côte où l’affaissement de terrain exige l’entassement de la terre.
¤ Là encore, l’obstacle vient du retard considérable de l’urbanisme établi par l’Etat. Or sans prise de décision et d’action rapides de la part des autorités, la véritable assistance et l’accompagnement des sinistrés ne sont pas possibles.
¤ Globalement la reprise de la vie de l’individu et de la collectivité n’avance pas comme ils le souhaiteraient. Un certain nombre de personnes vivent toujours dans la douleur d’avoir perdu l’essentiel de leur existence.
¤ Cependant, en dépit de toutes ces inimaginables difficultés, beaucoup pensent et agissent positivement et ils font preuve d’un courage admirable. Partout le sourire lumineux des enfants le symbolise.
¤ Toute génération confondue, les sinistrés expriment leur ferme gratitude aux volontaires et aux autres personnes qui les assistent sur place, et aussi à tous ceux qui leur témoignent de la solidarité.
¤ Ils sont particulièrement sensibles aux messages de soutien qui arrivent du monde entier et qui les encouragent profondément. Les enfants manifestent leur gratitude. Ils souhaitent aider les autres, à leur tour quand ils seront grands, et se rendre utiles dans la société.
¤ Afin de soutenir les sinistrés durablement, la société japonaise devrait savoir créer un mécanisme d’assistance générale. Il ne s’agit pas de régler les problèmes de ces catastrophes inédites, mais de construire une société entièrement nouvelle. Il en est un devoir de chaque Japonais.
¤ « Quel est le mot, d’après vous, qui traduirait le mieux l’année 2011 ? ». A l’enquête tenue à la fin de l’an dernier, le peuple japonais a répondu « kizouna » (les liens). Et à « Quel mot souhaiteriez-vous offrir à l’année 2012 comme voeux? », ils ont choisi le mot «kibô » (l’espoir).
« Ensemble vers un demain plein d’espoir ! »

SITUATION DU DEPARTEMENT DE FUKUSHIMA AU 03.03.2012
¤ Le département de Fukushima, qui possède sur son territoire la centrale nucléaire Fukushima-Daiichi, a subi d’abord des dégâts considérables du séisme et du tsunami. Il est l’un des 3 principaux départements les plus touchés par cette double catastrophe.
¤ Le tsunami a fortement endommagé la centrale située au bord de la mer, et provoqué une série d’accidents et l’importante fuite de radioactivité dans l’air, la terre et l’eau de la mer. Un an après, la fuite continue, bien que sa quantité ait diminué.
¤ Le département de Fukushima a donc été triplement frappé par cette succession de catastrophes, et se trouve depuis dans une situation particulière et inédite.
¤ Il a enregistré 1.925 morts et 56 portés disparus. De par la proximité de la centrale, les habitants ont été forcés à quitter leur domicile immédiatement après le tsunami, et le nombre de réfugiés enregistré s’élève à 62.000 environ à la fin janvier.
¤ Officiellement 31.381 personnes ont quitté le département en 2011, mais officieusement ce chiffre pourrait atteindre 60.000. Aujourd’hui ces personnes sont même dispersées sur tout le pays et chaque collectivité d’origine a du mal à suivre leurs mouvements. Et les réfugiés rencontrent, de leur côté, un tas d’ennuis administratifs.
¤ 15.797 logements provisoires, destinés à ces réfugiés, ont été construits à la fin janvier, représentant 95 % de la totalité prévue, tandis que 25.031 logements de location, considérés comme logements provisoires, sont occupés par eux.
¤ Certaines petites collectivités sinistrées ont temporairement déménagés dans une autre commune du département, avec leurs habitants et leur fonctionnement administratif (mairie, écoles et autres institutions). Ce système permet partiellement la dispersion des habitants, et semble adapté aux personnes âgées, mais pas aux générations actives qui n’ont pas de travail sur place.
¤ Ainsi un village proche de la centrale a déménagé dans un département voisin de Tokyo. Malgré diverses possibilités de se loger ailleurs et autrement dans le département, ses 500 habitants préfèrent rester ensemble dans une école désaffectée et considérée comme un refuge. Ce lieu partagé offre la sécurité surtout aux socialement faibles – les personnes âgées, les malades, les chômeurs.
¤ Le problème d’emploi des sinistrés est complexe et fort préoccupant. Beaucoup d’entre eux se trouvent au chômage pour une durée indéterminée. Certains employés n’ont pas perdu leur emploi, mais ne peuvent pas suivre l’entreprise, dont ils faisaient partie, qui s’est transféré hors du département. Certains employeurs sont dans l’impossibilité de poursuivre l’activité de leur entreprise, à défaut de personnel étant resté sur les lieux.
¤ Il y a aussi des familles qui vivent séparées, en semaine, avec d’un côté le père et l’autre la mère et les enfants. Craignant pour la santé des enfants, le père a fait déménager sa famille en dehors du département de Fukushima, pendant que lui y est demeuré pour son travail. Les doubles dépenses pèsent sur leurs finances, sans parler de la peine causée par la séparation, l’avenir incertain et l’incompréhension de leur situation par les autres.
¤ Ceux qui exerçaient l’agriculture, l’élevage ou la pêche aux alentours de la centrale, vivent, eux aussi, d’énormes difficultés. Un agriculteur désespéré, qui pratiquait la culture biologique, s’est donné la mort.
¤ Pour tout le département, les agriculteurs, les éleveurs, les industriels de transformation et les fabricants-exportateurs d’un nombre de marchandises, sont tous confrontés au problème de contamination radioactive. Au problème réel, s’ajoute celui psychologique des consommateurs extérieurs au département de Fukushima et des acheteurs à étranger.
¤ Les enfants réfugiés sont éloignés de leur école et de leurs camarades. Les autres continuent à fréquenter leur école, mais privés des libertés d’autrefois et dans les conditions peu saines. A l’école, munis de compteur de radioactivité, ils n’osent guère sortir dans la cour de récréation pourtant décontaminée.
¤ Le versement des indemnités aux sinistrés par TEPCO, le gérant de la centrale, prend du retard. Lorsqu’elles sont versées, le montant est insuffisant et ne couvre que les dépenses de la vie quotidienne. Ainsi les sinistrés n’arrivent pas à ouvrir les perspectives de reconstruction.
¤ Contrairement à la déclaration officielle du gouvernement, l’accident de la centrale est loin de prendre fin. Les incidents persistent et la fuite de radioactivité perdure. Personne ne sait ce qui arrivera demain. Personne ne sait combien de décennies vont devoir s’écouler avant la résolution définitive des problèmes.
¤ L’Etat fait de belles promesses qui manquent de sincérité et de vraie vision. Non seulement les sinistrés, mais toute la population du Fukushima, vit dans la précarité et avec la colère, la peur et la menace d’irradiation permanentes. Ils ont le sentiment que leur gouvernement les sacrifie afin de préserver l’ordre et la face.
¤ Les sinistrés se demandent et demandent aux autorités si un jour ils pourront retourner chez eux. Ils craignent la disparition de leur commune sur le terrain et sur la carte. Bien des jeunes ont déjà renoncé au retour et ont commencé une nouvelle vie à l’extérieur du Fukushima.
¤ Cependant, malgré toutes ces conditions extrêmement rudes, les habitants du Fukushima savent rester admirablement positifs et ils sont déterminés à ne jamais baisser les bras.

SITUATION APRES 6 MOIS (en septembre 2011)

« Dégâts matériels en quelques chiffres » (au 06.09.2011)
     Dégâts matériels
     Angoisses permanentes
     Réfugiés

VERS UNE AMELIORATION DE LA VIE QUOTIDIENNE
     Eau / Gaz / Electricité
     Lignes ferroviaires ne fonctionnant pas
     Essence
     Courrier / Colis

RECONSTRUCTION ET AIDES
     Logements provisoires
     Raisons expliquant la différence de présence bénévole sur place

Situation des régions sinistrées
Situation des sinistrés
Reconstruction des régions sinistrées et psychothérapie accordée aux victimes


« Dégâts matériels en quelques chiffres » (au 06.09.2011)

Dégâts matériels
Etat des habitations (au 6 septembre 2011) :
⇒ Entièrement détruites : 114 995
⇒ Détruites à moitié : 160 263
⇒ Partiellement endommagées : 554 995

Les dégâts économiques sont évalués à 100 milliards de dollars.
Perte d’emploi déclarées plus de 140 000 (au 6 septembre)

Entreprises en cessation d’activités définitive 327 (au 7 septembre 2011) dont 90 % dues à des dommages colatéraux
Sans compter les cessations d’activités qui ne pouvent pas encore être declarées.

Angoisses permanentes :
* Menace de BIG ONE (nom donné par les sismologues au très grand séisme attendu au Japon)
* Répliques de Magnitude 5 ou + :
⇒ 262 entre les 11 et 18 mars
⇒ 456 jusqu’au 23 mai
⇒ 552 jusqu'au 4 août

Réfugiés (regroupés dans des structures publiques ou accueillis par des proches)

182 341 (14 avril) 176 342 (21 avril) 166 671 (5 mai) 171 508 (18 mai)

De nombreuse personnes rentrent chez elles même si leur habitation est quasiment détruite ou gravement endommagée.

Pourquoi?
⇒ Pour des raisons pratiques (manque de place, de soins médicaux, d’intimité ; installations inadaptées aux personnes âgées ou à la présence d’animaux domestiques…)
⇒ Mais aussi par crainte de déranger les autres (étrangers ou de proches) par la présence des enfants.

haut de la page


VERS UNE AMELIORATION DE LA VIE QUOTIDIENNE

Eau / Gaz / Electricité :

Coupure d’eau Coupure de courant Coupure de gaz
14 avril 302 476 160 000 75 613
21 avril 92 330 150 000 4 188
5 mai 74 700 11 000 0
18 mai 66 100 6 000 0

Lignes ferroviaires ne fonctionnant pas :

14 avril 21 avril 5 mai 18 mai
À cause du séisme 37 28 19 18
À cause des coupures de courant 69 67 63 71

Essence :
Après une réelle pénurie au moment des faits, on note une amélioration lente mais progressive depuis fin mars.

Courrier / Colis :
Plus de distribution, mais possibilité de retrait dans les postes centrales

Approvisionnement des produits courants :
⇒ Livraison au refuge sur inscription
⇒ Distribution dans la rue par les municipalités
⇒ Réouverture progressive des supermarchés

haut de la page


RECONSTRUCTION ET AIDES

Logements provisoires
Pour reloger tous les réfugiés, il faudrait construire :
- 14 000 logements dans la préfecture d’Iwate
- 23 000 logements dans la préfecture de Miyagi
- 15 200 logements dans la préfecture de Fukushima

A l’heure actuelle (au 23 mai)
- 14 196 préfabriqués d’urgence ont été construits
- 19 292 préfabriqués d’urgence sont en cours de construction
- 1 606 préfabriqués d’urgence sont en projet de construction

Nombre de bénévoles qui sont venus porter leur aide sur les lieux, au 58e jour

Séisme de Kôbe, en 1995 Séisme du Tohoku, 2011
1 007 900 258 800*
Soit une moyenne de 17 378 personnes par jour Soit une moyenne de 4462 personnes par jour

*Sans compter les bénévoles non enregistrés auprès des organismes

Raisons expliquant la différence de présence bénévole sur place :
- Zone beaucoup plus vaste et dégâts plus importants
- Zone beaucoup plus difficile d’accès
- difficulté à avoir des secours de proximité
- risques de radiation

haut de la page


« Situation des zones sinistrées » (au 25.08.2011)

¤ 5 mois après les catastrophes, la terre continue à trembler souvent. Environ 500 secousses de magnitude +1 ont été enregistrées, sur l’ensemble du territoire japonais rien que pour le mois de mai, ce qui représente 10 fois plus que l’année précédente.

¤ L’enlèvement des décombres n’est pas terminé dans la grande majorité des localités.

¤ La construction des habitations provisoires pour les sinistrés est loin d’être achevée.

¤ On constate des personnes âgées qui meurent seules dans les logements provisoires. Il est nécessaire de faire des efforts pour leur adresser la parole, veiller sur elles ou encore tenter d' établir des liens entre les habitants.

¤ Il serait souhaitable d’installer les sinistrés, qui se connaissaient dans un même quartier, dans un même groupe de logements provisoires, mais la réalisation serait fort compliquée.

¤ Le nombre des bénévoles est 3 fois moins important que lors de séisme de Kobe, malgré l’existence importante des citoyens désireux d’aider. On peut citer comme causes : distance longue ; coût élevé ; défaut d’hébergement ; travaux physique exigés dans beaucoup de cas.

¤ L’affaissement important de terrain (jusqu’à 1,20m) empêche la reconstruction. Certains ports de pêche sont inutilisables et certaines rizières sont submergées plusieurs heures par jour. Les terres sous le niveau de la mer occupent une surface 3,4 fois supérieure à celle d’avant les catastrophes.

¤ L'affaissement et la liquéfaction des terrains envahissent les régions limitrophes du Tôhoku.
Ainsi, dans la région du Kanto, 23700 habitations ont été endommagées ; L’inclinaison des maisons et le jaillissement de l’eau souterraine et de la terre constituent également de graves problèmes.


haut de la page


« Situation des sinistrés » (au 25.08.2011)

¤ De nombreux sinistrés vivent toujours dans des refuges comme gymnase dans des conditions éprouvantes. Il existait des personnes âgées qui y sont mortes, privées de climatisation ou de ventilateur, pendant que la température dépasse parfois 35 degrés.

¤ Cinq mois après la catastrophe, il y a encore 4700 personnes portées disparues. Les recherches se poursuivent. 60 % s’entre elles sont reconnues mortes d’après la déclaration de leur famille. Les autres familles n’arrivent pas à renoncer ou se convaincre.

¤ Lors de la fête des morts annuelle de mi-août, les survivants ont recueilli, en offrant des fleurs, devant les pierres tombales souvent endommagées. Certaines communes ont exposé, dans des ‘’boîtes du souvenir’’, des objets, comme photos, trouvés au cours de recherches des personnes disparues.

¤ Jusqu’à la fin juillet, 130.000 demandeurs d’allocation de chômage ont été inscrits, dont 70.000 dans le secteur de la pêche. Seuls 10% d'entre-eux ont pu retrouver un nouvel emploi du fait que la plupart de ces chômeurs recherchent localement.

¤ Les 11 universités des zones dévastées ont sollicité l’ensemble des entreprises du pays d’embaucher en priorité leurs étudiants frais émoulus et candidats à l’emploi.

¤Le gouvernement a publié et distribué un livret pour encourager les P.M.E. Sinsitrées à
reprendre les affaires en s'inspirant du cas de séisme de Kobe.

¤ En dehors des régions touchées, on commence à réfléchir comment aider des sinistrés disséminés dans tout le pays. L’assistance proposée par des collectivités d’accueil étant minimale, les associations d’aide examinent la possibilité de soutiens concrets et personnalisés.

¤ Diverses mesures d’assistance mises en place par l’Etat sont mal connues par les collectivités locales, et le souhait d’apport de soutien exprimé par leurs habitants n’aboutit pas suffisamment à sa concrétisation.


haut de la page


« Rétablissement des sinistrés et reconstruction des zones sinistrées » (au 25.08.2011)

¤ La reconstruction de ces zones est bien plus complexe que dans les cas de séisme concentré sur une grande ville comme Kobe, car le fonctionnement de la société toute entière a été complétement bouleversé. Il est important de tenir compte de cette particularité et de donner aux réfugiés des perspectives d’avenir concrètes comme, par exemple, ‘’quand ils pourront rentrer’’ ou ‘’quand ils pourront reprendre une vie normale’’.

¤ Les habitants des communes meurtries tentent de transmettre les témoignages des sinistrés et de les conserver aux archives. Dans certaines villes, les sinistrés ont créé une station radio FM locale et diffusent des messages ou des informations sur la vie courante. Dans d’autres, ils fabriquent et vendent des affiches faites de leurs photos et de leurs mots de détermination à reconstruire.

¤ A ce jour du 11 mars, tout le peuple japonais a perdu la voix. Pourtant la parole est indispensable pour se relever et pour aller de l’avant. Afin d’empêcher des sinistrés de rester muets, un poète est parti collecter leurs paroles et en composé un recueil de poèmes.

¤ Par ailleurs, la profondeur de traumatisme des enfants est insondable, et il est de devoir de chaque Japonais de prendre soin d’eux. Dans pas mal d’écoles et collèges de ces zones, la cérémonie de remise des diplômes a été organisée au mois d’août cette année au lieu de mars. D’autre part, les écoles d’accueil des enfants réfugiés font tout leur possible pour bien les accompagner malgré des contraintes pratiques.

¤ Bien qu’il existe des différences locales dans la progression de reconstruction, on constate un peu partout la conscience naissante de nécessité de recréer une nouvelle communauté.

¤ Les catastrophes ont apporté au peuple japonais d’importantes leçons et le changement de manière de penser. Cela ne concerne pas seulement leur mode de vie ou leur réflexion sur les problèmes énergétiques. Ainsi les liens familiaux sont reconsidérés et le nombre de projet de mariage est en augmentation.

¤ Le redressement de l’économie est primordial, aussi bien à l’intérieur qu’avec l’extérieur du pays. Des efforts particuliers sont demandés pour faire revenir des touristes étrangers dont le nombre est en chute libre après le 11 mars. En juillet il diminuait de 36 % par rapport à la même période de 2010.
¤ Globalement un petit pas dans la reconstruction a été fait. Cependant il reste encore très long chemin à accomplir pour le Japon.
Reconstruction des régions sinistrées et psychothérapie accordée aux victimes


haut de la page

RAPPORT SUR LA SITUATION EN AOUT 2011, PAR KEIKO NAGAI,DE L'ASSOCIATION ASJ 34, APRES SON VOYAGE AU TOHOKU EN AOUT 2011

SITUATION ACTUELLE DES ZONES SINISTREES
-Des secousses secondaires persistent.
-Difficulté colossale d’enlèvement des tonnes et des tonnes de décombres, 25% seulement achevé au début juin.
-Faute de dépôts, l’autorisation exceptionnelle d’incinération de décombres dans des incinérateurs construits provisoirement pour une durée de 3 ans.
-Difficulté d’identification des véhicules sinistrés, de leur enlèvement et de leur destruction.
-La construction de logements provisoires avance plus ou moins rapidement. Les maisons préfabriquées finies sont à la hauteur de 57 % au début juin.
-Possibilité restreinte de choix des lieux de construction de ces logements pour beaucoup de collectivités.
-Important affaissement de terrain de plus ou moins d’un mètre qui provoque l’inondation des villes côtières à marée haute.
-Ce phénomène a également produit le déplacement de plusieurs mètres de certaines zones vers le sud-est. Même à Tokyo, à 350 km des zones sinistrées, certaines parties de la ville se sont déplacées vers la mer de 24 centimètres.
-Sur les vastes zones de l’Est du Japon, la crevasse séismique et l’affaissement de terrain sont recensés à 1.000 endroits.
-Risque d’éboulement de terrain élevé dû à ces problèmes, en particulier en saison des pluies actuelle.
-Sur ces mêmes zones, liquéfaction de terrain par endroit qui provoque l’inclinaison des maisons et le jaillissement de l’eau souterraine.
-Globalement la reconstruction peine face à l’ampleur des catastrophes et l’immensité des problèmes à résoudre.

INDUSTRIES FORTEMENT ENDOMMAGEES
-Enorme difficulté de relance dans différents secteurs pour les entreprises qui ont perdu leur usine, entrepôt, magasin ou bureau, leur bateau, leur machine et outil et/ou leur personnel.
-Besoin de financement urgent, risque de double endettement... Les banques et les établissements de crédit ne parviennent pas à répondre à toutes les demandes.
-Les lois existantes ne couvrent pas toutes les questions souvent spécifiques posées pas ces catastrophes inédites.
-Difficulté à reprendre l’emploi ou à retrouver un emploi pour les employés.
-Difficulté de trouver un emploi pour les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. De plus en plus de jeunes souhaitent rester dans la région et travailler en vue de reconstruction.
-400 bateaux de pêche sont toujours à la dérive en haute mer (à la mi-mai).
-Annulations successives d’entrée des navires étrangers dans les différents ports.
-Diminution radicale du nombre de touristes.
-Choix des pêcheurs et autres entrepreneurs de redémarrer par leurs propres moyens, face aux lenteurs de l’aide de l’Etat et les autorités locales. Admirables courage et effort et solide entraide qui commencent à porter ses fruit.

SITUATION DE LA POPULATION SINISTREE
-Certaines personnes continuent à chercher leurs proches disparus ou les vestiges de leur bonheur perdu.
-Nombreux décès des personnes âgées sinistrées dus à l’épuisement, l’incapacité d’adaptation ou/et la manque de médicaments et de soins.
-80 % de la population sinistrée se plaignent de troubles de santé.
-Les refuges sont dispersés dans différents départements et régions parfois lointains, ce qui cause la difficulté de maintien de contact avec les proches et provoque le sentiment d’isolement chez des réfugiés.
-Beaucoup d’entre eux oeuvrent pour la reconstruction et le rétablissement des autres sinistrés alors qu’ils ont eux-mêmes subi des pertes et des dégâts importants.
-Les nombres de bénévoles extérieurs manquent cruellement. Seulement un tiers par rapport à ceux qui sont intervenus lors du séisme de Kobe alors que l’étendue sinistrée est incomparablement supérieure.
-L’organisation d’hébergement et les frais de séjour ainsi que le coût de voyage
empêchent de passer à l’acte ceux qui souhaitent venir aider.
-Plus de 1.500 orphelins recensés bien que l’on estime le nombre supérieur.
Souvent le parent qui s’en charge est âgé et/ou lui-même sinistré et démuni.
-Insuffisance de structure d’aide officielle de ces enfants qui ont perdu l’un ou les deux parents.
-Nécessité absolue de prendre soin non seulement d’eux mais aussi le parent ou la personne qui s’en charge.
-Globalement la solidarité et l’entraide remarquables partout malgré d’innombrables obstacles à surmonter.

ADAPTATION ET RECONSTRUCTION
-Désormais tout va vers le rétablissement, non seulement des personnes sinistrées et qui souffrent, mais d’un peuple tout entier.
-D’ors et déjà tout va vers la reconstruction, non seulement des régions sinistrées, mais également du pays entier.
-Naturellement de nombreuses mesures ont été prises pour faire face à la nouvelle situation sociale, économique et humaine, que ce soit au niveau de l’administration ou des secteurs privés et des réseaux associatifs.
-Importante recherche des économies de l’électricité dans tous les secteurs industriels et au sein des foyers, en particulier pour la période estivale où l’utilisation des climatiseurs est très répandue.
-La loi de reconstruction vient enfin d’être adoptée.
-La commission gouvernementale de reconstruction est composée de la majorité et de l’opposition.
-Les projets de recherche et développement de l’énergie solaire pour le côté Océan Pacifique et de l’énergie éolienne pour le côté Mer du Japon.

SITES EN FRANÇAIS QUI RENSEIGNENT SUR L’ACTUALITE JAPONAISE
www.fr.emb-japan.go.jp Site de l’Ambassade du Japon : S’informer correctement pour agir traditionnellement
www.japoninfos.com Toute l’actualité japonaise en Français
www.fpcj.jp Site multilingue du Centre de la Presse Etrangère au Japon qui propose des informations en temps réel
www.centreasia.org Japan Analysis – La Lettre du Japon
www.aujourdhuilejapon.com
www.france-japon.net Site tenu par la communauté française vivant au Japon Echange et information sur les liens entre les deux pays

Témoignage de Quentin, étudiant français au Sendai, septembre 2011

Entre le Japon, et son retour à Paris pour terminer ses études, Quentin a fait un passage à Montpellier et nous a livré ses impressions sur son second séjour à Sendai, après le séisme.
Il a retrouvé l’université et repris ses études parmi les étudiants japonais. Ces derniers semblent avoir surmonté le choc, mais Quentin pense qu’une grande majorité ne dira jamais s’il y a eu des victimes dans leur famille, par pudeur probablement. La présence des étudiants étrangers était variable. Certains sont revenus (chinois, une partie des français...), d’autres non (allemands, américains...), que ce soit par peur personnelle ou dû à une interdiction de la part de leur université.

Sur son temps libre, Quentin a été aider en tant que bénévole aux travaux de déblaiement dans les zones sinistrées.
Après avoir récupéré les protections de bases (gants, casque, masque) dans l’un des différents centres répartis le long de la côte, les bénévoles sont répartis par équipes et partent avec leur matériel sur leur zone de travail. Le plus souvent, la tâche consiste à vider les habitations des 10 cm de boue déposés par le tsunami. Certains propriétaires demandent également aux bénévoles de mettre de côté certains biens de valeur, comme des photographies pas trop abîmées.
C’est un travail manuel et physique. Pas de technologie, seulement des pelles et quelques brouettes pour ramasser et entasser, petit à petit, les débris que le tsunami a laissés derrière lui. Une journée permet généralement de déblayer une maison. Il y en a des dizaines de milliers. Mais quelque soit le jour de la semaine, quelles que soient les conditions climatiques, les bénévoles sont là. Certains ont pris ce qu’ils appellent un « congé de bénévolat » sans solde, pour venir passer quelques mois à aider, tandis que d’autre se déplacent de tout en Japon le temps d’un weekend.

Son impression avant le départ : une tâche immense, à laquelle les japonais se consacreront autant qu’il le faudra. Il n’a pas vu, sur les endroits où il s’est rendu, de présence visible d’ONG. Le matériel utilisé est principalement fourni par la ville de Sendai, complété au fur et à mesure par les outils récupérés dans les maisons dévastées.

Témoignage de ODANAKA Naoki, enseignant chercheur à l'Université du Tohoku à Sendai, septembre 2011
Conférence à Montpellier 6 mois après le séisme

Ce soir, moi, comme un habitant de la ville de Sendai, située dans la région Nord-Est du Japon et près de l’épicentre du séisme, je voudrais profiter de cette occasion pour vous parler sur trois thèmes et pour échanger avec vous des opinions et des informations. Premièrement, mon expérience personnelle à Sendai au jour du séisme et aux jours qui l’ont suivi. Deuxièmement, la situation actuelle de la zone sinistrée. Mais, comme je ne suis pas les nouvelles minutieuses de chaque quartier/commune/département sinistré, ce que je dirais vous semblerait un peu trop général. Et troisièmement, ce que j’espère de votre part pour la reconstruction de la zone sinistrée et la « réhabilitation » physique et pshychologique des victimes de ces cataphtrophes.

(1) Mon expérience

Donc, d’abord, ce qui m’est arrivé en mars dernier. Sendai est situé à 300 km au nord de Tokyo, avec plus d’un million de population.

C’est une vaste commune, 50 km de large, de la côte Est à la montagne Ouest, 20 km du Nord au Sud.
J’habite et travaille dans le quatier Nord-Ouest, c’est-à-dire celui de la colline.

Quand le séisme s’est produit, j’étais chez moi. Je l’ai jugé assez grand, mais n’imaginais pas que le dégât serait si grand. Car chez nous il n’y a eu aucun dégât, ni matériel, ni personnel. Je me suis ensuite précipité à l’école primaire où étudie ma fille de onze ans pour la récupérer, ne trouvant aucun dégât materiel là-bas.

Mais pourquoi ? Parce que Sendai est fameux pour la fréquence d’assez grands séismes depuis longtemps. La population et la municipalité s’etaient préparées pour le prochain, réservant le stock chez soi, renforçant des bâtiments, organisant des entraînements d’évacuation, etc. Nous aussi, nous avons fait reconstuire notre maison il y a deux ans avec la téchnique résistante aux séismes.

Quand même, tout a été arrêté tout de suite. Ce qu’on appelle « Life Line » , c’est-à-dire l’électricité, le gaz, l’eau potable, le téléphone, Internet, le transport en commun, indispensables pour la vie quotidienne, ont été coupés. Nous avons dû passer la nuit sans chauffage ni lumière, ni renseignement, ni un bon repas (seule la radio en pile et le radiateur à mazout marchaient sous cette condition). C’est pourquoi je ne savais pas exactement ce qui s’etait passé après l’arrivée du très grand tsunami sur la côte Est de toute la région du Nord-Est du Japon, y compris Sendai.

Ce soir-là, presque 10 pourcent de la population de notre ville ont passé la nuit dans l’un des centres d’hébergement pour les réfugiés, ouverts par la municipalité, à cause du dégât ou de l’inquiétude (pas nous, heureusement). Elle avait décidé que toutes les écoles primaires et les collèges deviennennt les centres en cas de sinistre naturel. Mais il faisait froid, il neigeait, et ni les nourritures ni les couvertures n’étaient pas suffisamment préparées pour ces cent mille réfugiés. C’est une situation au-delà des prévisions.

Dès le lendemain, la priorité nous est devenu « faire les courses ». Il a fallu trouver la nourriture qui peut se préparer sans électricité ni gaz. Pain, plat préparé fait avant le 11 mars, d’abord. Après, la soupe et les nouilles instantanées etc., qui peuvent être préparées avec l’eau chauffé par le radiateur à mazout. Tout ce genre de nourriture etait tout de suite epuisé, car l’approvisionnement a été arrêté à cause de la condition routière (routes dévastées par le séisme) et presque tous les magasins avaient été aussi sinistrés. Et bientôt le manque de l’essence a commencé. Cette condition ressemble à la vie sous la guerre, n’est-ce pas ?

Comme on était en vacanses universitaires et que notre campus a été paralysé par la rupture de Life Line, je n’avais rien à faire et ne pouvais rien faire à mon bureau. Donc J’ai décidé d’aller à l’école primaire de ma fille convertie en centre d’hébergement, pour travailler comme bénévole. Elle avait accueilli, la veille, à peu près 350 réfugiés, dont la plupart étaient des personnes âgées. Heureusement ce centre était assez bien équipé en nourriture (biscottes, riz instantané, bouteilles d’eau) et n’avait pas accueilli un nombre excessif (quand même !) de réfugiés, mais les literies (i.e. les couvertures) manquaient et on souffrait du froid. Commençant par organiser le comité (composé principalement des enseignants, qui ne pouvaient pas rentrer chez eux ni s’occuper d’eux-même ou de leurs familles pendant quelques jours), il a fallu faire beaucoup de choses : distribuer le nécessaire stocké aux réfugiés, visiter les magasins pour trouver si quelques choses d’utile pour eux étaient restées, cartons ondulés utilisables comme matelas, par example, essayer de contacter la municipalité pour des renseignements nécessaires (en vain, car on était en confusion totale là-bas), accueillir et inscrire les nouveaux arrivés et les partants, chercher le médecin, calmer les inquiétudes, arbitrer des conflits entre eux, etc..

Mais, comme on était dans un quartier privilégié où le dégât était assez léger, beaucoup de réfugiés sont repartis chez eux ou ont été récupérés par leurs familles, dans quelques jours. Notre centre a été fermé deux semaines après l’ouverture. J’ai recommencé à aller à l’Université chaque jour.

L’électricité a été rétablie très rapidement, trois ou quatre jours plus tard. Les magasins se sont réouverts dans quelques jours. Comme le gaz n’a été rétabli que dans un mois et l’eau potable dans quelques semaines, nous avons dû cuisiner sans gaz, visiter l’eau thérmal pour se laver, attendre la visite des camions-citernes qui distribuent de l’eau. Le bus a commencé à circuler dans une dizaine de jours, le train dans un mois, etc. Le manque de l’essence a terminé au début avril. Au total, nous avons trouvé que la phase 1, celle des « urgences » était terminée (dans notre quartier au moins) un mois après le 11 mars.

La situation était parfaitement différente selon le quartier/commune/département, bien sûr.

(2) Situation actuelle de la zone sinistrée en général

Six mois après les catastrophes du 11 mars dernier, nous pouvons chiffrer les dégâts subis assez précisément. C’est grave et grand, comme vous le connaissez, peut-être. 15 mille victimes, 5 mille disparus toujours, plus de 200 milliards d’euros de pertes en matériel estimées... Par exemple, notre université a perdu trois étudiantes et a subi 7 cent million d’euros de dégâts matériels.

Bien sûr il y a des différences entre des localités, car la zone sinistrée par le séisme et le tsunami est très vaste. Quant au tsunami, qui a provoqué des dégâts plus importants que le séisme lui-même, la côte Est du Japon a été touchée sur 700 km, de Choshi (département de Chiba) à Hachinohé (celui d’Aomori).

Cette zone peut se diviser en deux parties, celle du Nord (départements de Aomori, Iwaté, et du nord de Miyagi) caractérisée par la côte à rias, où la montagne et la mer se cotoient l’une l’autre, et celle du Sud (départements du sud de Miyagi, Fukushima, Ibaraki et Chiba) caractérisée par la plaine au bord de la mer. Sendai est situé à la frontière des deux parties.

Dans la partie Nord, la situation est plus grave et compliquée, car la caractéristique géographique de la côte rocheuse très découpée (rias) a multiplié la force dévastatrice du tsunami et, de plus, rend difficile de trouver des lieux pour ramasser les débris et construire des maisons provisoires. De plus, la population là-bas est plutôt vieille et en diminution. Dans la partie Sud, sûrement le tsunami est arrivé bueacoup plus loin dans la terre, à cause des reliefs plus plats, mais il est plus facile de ramasser les débris et de trouver des lieux pour la construction des maisons provisoires.

Mais, généralement parlant, la phase 1, celle des « urgences », où le secours des vies au sens double est prioritaire, est terminée. La population restant aux centres d’hébergement a diminué à 6000 toute zone comprise. On a construit 50 mille maisons provisoires, et la plupart des centres d’hébergement ont été fermés. On a sauvé presque tout ce qui pourrait être sauvé.

C’est-à-dire la zone sinistrée est entrée dans la nouvelle phase, phase 2, comme notre quartier d’il y a cinq mois. Cette phase signifie qu’il est temps pour les sinistrés de retrouver la vie quotidienne : c’est-à-dire dormir dans une maison, travailler pour gagner sa vie, et rentrer chez soi où l’on retrouve sa famille chaque soir.

Quelle est la cible prioritaire de cette phase 2? Plusieurs objectifs devraient être atteints, mais, à mon avis, ils pourraient être résumés en deux mots : « reconstruction » et « réhabilitation ».

Premièrement, la reconstruction. Aux centres d’hébergement, la vie ne coûtait rien. Tous les nécessaires ont été distribués gratuitement. Bien sûr il y avait beaucoup de choses qui manquaient, qualitativement et quantitativement, mais on pouvait survivre sans argent là-bas. Mais, quand on déménage dans une maison provisoire, où l’on peut séjourner pendant deux ans sans loyer, il faut gagner de l’argent pour acheter le nécessaire, pour commencer la vie quotidienne normale, quand même on a le droit de recevoir l’indemnité officielle et la collecte privée (de la part de la Croix-Rouge, où l’ASJ 34 a versé le don de votre part, par exemple), mais tout cela a été payé « One Shot », cest-à-dire une fois pour toutes. Après, il faudrait gagner de l’argent en travaillant.

Mais comment trouver du travail ? Dans la zone sinistrée par le tsunami en particulier, presque tous les lieux de travail, usines, magasins, et bateaux de pêche (car la-bas l’industrie principale est la pêcherie), ont été détruits. Comment les reconstruire sans indemnités, car l’indemnisation officielle ne couvre pas l’ensemble des dégâts ? La situation est bien difficile et beaucoup de réfugiés sont toujours au chômage dans la zone sinistrée. Cette situation les empêcherait de recommencer une vie normale, tout en aggravant les difficultés économiques régionales déjà en souffrance à cause du déclin de l’industrie première au Japon et du vieillissement de la région basée sur la pêcherie.

Deuxièmement, la réhabilitation, plutot pshychologique des enfants sinistrés. Ils ont déjà commencé à aller à l’école et recommencé la vie normale, mais beaucoup d’entre eux ont perdu soit leurs parents, soit leurs amis, soit leurs voisins. Ils sont gravement traumatisés, ayant besoin de « Care (prise en charge)», c’est-à-dire le soin physique et plutot pshychologique.

(3) Ce que j’espère de votre part
Dans cette phase 2, qu’est-ce qu’on pourrait faire ? Chaque Japonais, sinistré ou non, y pense.

Quant à la reconstruction plutot économique, un individu ne pourrait pas beaucoup faire car il coûterait cher de fournir les lieux de travail aux sinistrés. On peut trouver quelques initiatives de la part des sociétés civiles, autrement dit des individus (offre d’un bateau de la part d’une association, etc.), mais c’est l’Etat et le monde d’affaires qui doivent se charger de cette mission, à mon avis.

Quant à la réhabilitation (des enfants en particulier), il y a beaucoup de choses à faire et qui pourraient être faites par des sociétés civiles, même de Montpellier où l’on est à l’antipode du Japon. De plus, à mon avis, il y a quelque chose que vous seuls (pas nous qui habitons au Japon) pourriez faire. Il faudrait que les sinistrés (enfants en particulier) sachent qu’ils ne sont pas oubliés du monde, qu’il y a quelqu’un qui s’intéresse à leur souffrance avec compassion, et qu’on essaie toujours de sensibiliser le monde. Je vous suggère d’envoyer des messages de cette sorte aux sinistrés, aux enfants en particulier, par tous les moyens. On vous attend.

Sites d'informations à consulter
福島第一原子力発電所事故および被災地の状況について / Informations concernant la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi et les sinistrés des catastrophes

日々状況は変化している状態です。以下、いくつかのサイトをご紹介いたします。/ L'actualité évoluant chaque jour, il nous est impossible de les traiter au jour le jour. Nous vous proposons donc une liste de liens vers des sites mis à jour régulièrement qui traitent de la question.

フランス語、英語 en français, en anglais

Reconstruction Headquarters in response to the Great East Japan Earthquake
http://www.reconstruction.go.jp/english/

MEXT (Ministry of educqtion, culture, sports, science and technology)
Monitoring information of environmental radioactivity level
http://radioactivity.mext.go.jp/en/

KYODO NEWS
http://english.kyodonews.jp/

IRSN
http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/201104_informations-residents-francais-japon.aspx

CRIIRAD
ttp://www.criirad.org/actualites/dossier2011/japon_bis/sommaire.html

ACRO
http://www.acro.eu.org/

Réseau Sortir du nucléaire
http://groupes.sortirdunucleaire.org/Chronologie-des-evenements

日本語 en japonais

東日本大震災復興対策本部
http://www.reconstruction.go.jp/

文部科学省 放射線モニタリング情報
http://radioactivity.mext.go.jp/ja/

NHK 福島第一原発事故関連ニュース
http://www3.nhk.or.jp/news/genpatsu-fukushima/index.html

共同 東日本大震災最新ニュース
http://www.47news.jp/47topics/e/200026.php

NHK 東北ふるさとニュース(盛岡、仙台、福島放送)動画付き
http://www3.nhk.or.jp/news/touhoku_furusatonews/

SAVE CHILD
http://savechild.net/

フランス放射線防護原子力安全研究(IRSN)発表「福島第一原発事故に関する公報(7)」和訳
http://savechild.net/archives/9698.html

X
Saisissez votre nom d'utilisateur pour Association Solidarité Japon 34.
Saisissez le mot de passe correspondant à votre nom d'utilisateur.
En cours de chargement